Artaix Le Château des Sagets : Un Domaine entre Histoire et Tradition
De l'ancienne forteresse à la demeure néo-classique des Orsel des Sagets, découvrez l'évolution architecturale et humaine de ce domaine d'exception.
De l'ancienne forteresse à la demeure néo-classique des Orsel des Sagets, découvrez l'évolution architecturale et humaine de ce domaine d'exception.
"Les plans dressés en 1841 par l'architecte lyonnais André Miciol montrent que le château des Sagets était à l'origine conçu comme une demeure néo-classique rectangulaire à cinq travées. Ce n'est qu'ultérieurement, dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle (vraisemblablement après le mariage de Lucile des Sagets et Henri Orsel en 1863), que le corps de logis fut flanqué de deux tours carrées aux extrémités. L'une de ces tours disparaîtra dans l'incendie de 1944."
Ces documents issus du fonds 50Fi (André Miciol, architecte) sont d'une valeur historique inestimable pour le patrimoine d'Artaix ! Ils révèlent le projet originel rédigé par l'architecte lyonnais suite à la lettre de Jacques-Augustin Rué des Sagets du 27 mars 1841.
Le projet d'André Miciol dessine une vaste demeure néo-classique, très symétrique et sobre, caractéristique des grandes maisons de maître du milieu du XIXᵉ siècle.
1. Rez-de-chaussée (Plan de distribution)
Travée centrale : Un grand vestibule traversant reliant l'entrée principale au jardin arrière. Il distribue les volées d'escalier pour accéder aux étages.
Aile droite / Communs & Service : On y retrouve la cuisine (avec cheminée et réserve), les pièces de service ainsi que l'accès aux dépendances et à l'office.
Aile gauche / Pièces de réception : Les grandes pièces de vie principales (grand salon, salle à manger) organisées en enfilade avec de larges ouvertures donnant sur le parc.
2. Premier étage (Plan du 1er Étage)
Organisé autour du palier central, cet étage est réservé aux appartements privés.
Il comporte 4 à 5 grandes chambres, dotées de cheminées individuelles et de cabinets de toilette/dégagements attenants.
3. Élévations et façades
Style architectural : Façade principale à 5 travées régulières d'ouvertures sous un toit à quatre pans.
Avant-corps central : La porte d'entrée est encadrée par un portique d'inspiration classique avec colonnes/pilastres et entablement.
Le plan de 1841 montre un corps de logis rectangulaire simple sans les deux tours carrées latérales.
Quand les deux tours ont-elles été ajoutées ?
Période estimée : Entre 1863 et 1890.
Historique de l'extension : Lors du mariage de Lucile Rué des Sagets avec Henri Orsel en 1863, le domaine prend une nouvelle dimension familiale et statutaire. C'est dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle (sous le Second Empire ou le début de la IIIᵉ République) que les propriétaires font construire les deux tours carrées aux extrémités (flanquantes) pour transformer la "maison de maître" de 1841 en un véritable château d'apparat.
Le drame de 1944 : L'une de ces deux tours (l'aile/tour incendiée en 1944) a été détruite lors des événements de la guerre, ramenant le bâtiment à une dissymétrie que l'on observe sur les clichés postérieurs.
Le château des Sagets est situé sur la commune d'Artaix, dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.
Après la Révolution, le domaine passe à la famille Orsel des Sagets.
La maison tombant en ruines, une reconstruction totale est décidée.
Extrait du journal de R P Raphael Orsel des Sagets
(Les derniers temp du séjour à Marcigny. Retour aux Sagets )
Cependant, notre mère, (Lucile Rué des Sagets) bien qu’habitant Marcigny, l’attristait de vivre encore séparée de son père et de sa mère, avec lesquels elle n’avait que de rares communications. Un arrangement se fit entre les beaux-parents.
Jacques Augustin Rué des Sagets prend la Décision de reconstruit sans tarder le château ,
la nouvelle génération viendrait s’y installer
Un de nos oncles, M. Chenavard, architecte, avait construit plusieurs églises dans la région, entre autres, l’église de Roanne. Il fut consulté et fit un devis très onéreux. Ce devis fut jugé trop élevé, d’ailleurs notre oncle imbu des principes de l’architecture grecque, présentait un plan qui ne convenait guère au style des châteaux modernes.
On fit appel à un architecte de la région, aux goûts plus modestes. Le plan et le devis furent acceptés
1841 : La Renaissance Moderne
* L'architecte : C'est finalement André Miciol qui réalisa l'édifice actuel en 1841.
* Le Style : Néo-classique, avec façades en pierre de taille, toits à la Mansart et fenêtres à meneaux, entouré d'un parc paysager aux arbres centenaires.
La petite rivière l'Arcel verse dans un étang de 300m sur 50m. et fini dans la Loire.
Voici la transcription de la lettre manuscrite datée du 27 mars 1841.
de Mr Des Sagets du 27 mars 1841
Monsieur Miciol
architecte
Rue Jamboise
Lyon
(Tampon postal : MARCIGNY - 26 MARS 1841)
Semur le 27 mars 1841
Je suis au regret le plus profond, mon cher Monsieur Miciol, du retard indéfini que m'apporte votre lettre. Je ne puis pas commencer mes démolitions avant d'avoir mon plan et vous, par conséquent, des jours précieux & très beaux s'écoulent.
Mes ouvriers perdent leur temps, leur empèchans [empêchant] d'entreprendre ailleurs. Moi-même je suis très pressé à la campagne, par des plantations importantes, et des réparations qui sont urgentes au printemps.
Je me ronge les poings en vous attendant d'un jour à l'autre.
Recevez mes sincères salutations.
J. A. Rué Des sagets
Auteur : Jacques-Augustin Rué des Sagets (le père de Lucile des Sagets).
Contexte historique (1841) : Cette lettre est un document précieux. Elle atteste directement des travaux d'aménagement du domaine des Sagets au printemps 1841 (démolitions, plantations et grands travaux menés avec l'architecte lyonnais Miciol).
Lucile Rué des Sagets
La Famille Orsel des Sagets
Le château est indissociable de cette famille qui a marqué la vie sociale et religieuse d'Artaix et Marcigny.
Lucile Rué des Sagets (1841-1898)
Héritière du domaine, elle épousa son cousin Henri Orsel en 1863. Elle était surnommée par les paysans "La bonne Demoiselle" pour sa grande piété et sa charité.
Lucile Rué des Sagets
Famille des Orsel (de Lyon)
propriétaire du Château des Sagets sur Artaix
née à Marcigny le 20 novembre 1841
Décédée à Artaix le 10 octobre 1898
Parents:
Jacques Augustin Rué des Sagets 1807-1884)
Joséphine Marie Jeanne Claudine Bonnardet (1817-1903)
Concernant l'acte de mariage du 23 novembre 1863 à Artaix :
1. Les mariés
L'épouse : Lucile Marie Rué des Sagets (née le 20 novembre 1841 à Marcigny), fille de Jacques-Augustin Rué des Sagets (propriétaire du domaine des Sagets) et d'Amélie Bonnardet.
L'époux : Henri Orsel (né le 12 juillet 1839), fils de Pierre Jean-Jacques Orsel et de Marie-Thérèse Turin.
2. L'origine du nom "Orsel des Sagets"
C'est précisément par ce mariage célébré à Artaix que le nom « Orsel des Sagets » a été créé. Henri Orsel a accolé le nom de la terre des Sagets apportée par son épouse (Lucile Rué des Sagets) à son propre patronyme, donnant naissance à la branche familiale Orsel des Sagets.
3. Informations pratiques sur l'acte (Archives 71) D'après le document original numérisé sur le site des Archives Départementales de Saône-et-Loire :
Commune : Artaix
Type d'acte : Mariages (État civil)
Année : 1863 (Acte du 23 novembre 1863)
Sur cet acte, vous retrouverez notamment :
La signature des époux, de leurs parents
La mention du contrat de mariage (généralement passé devant notaire à Marcigny quelques jours avant le mariage religieux/civil).
La présence du domaine/château des Sagets comme résidence de la famille de la mariée.
4. Les quatre témoins ayant signé l'acte de mariage d'Henri Orsel et Lucile Rué des Sagets sont :
Jules-Auguste Ravier de Montgirod (60 ans), propriétaire demeurant à Marcigny, oncle de la mariée (du côté de sa grand-mère Sophie Ravier de Montgirod, épouse de Gilbert Rué des Sagets).
Gilbert-Auguste Rué des Sagets (56 ans), propriétaire demeurant à Artaix, oncle de la mariée.
Jacques-Adolphe Orsel (32 ans), propriétaire demeurant à Lyon, frère de l'époux.
Pierre-Gabriel Orsel (28 ans), propriétaire demeurant à Lyon, frère de l'époux.
(Pour consulter l'acte original numérisé et lire leurs signatures au bas de la page, vous pouvez vous rendre sur le site des Archives Départementales de Saône-et-Loire : Registre d'état civil d'Artaix, NMD 1863-1872, acte de mariage n° 7 du 23 novembre 1863)
Voici le relevé complet et exact des inscriptions gravées sur les différentes faces du monument funéraire de la famille des Sagets au cimetière d'Artaix.
Face principale (Stèle sous la croix)
CHARLES DES SAGETS : 1740 – 1816
GILBERT DES SAGETS : 1773 – 1853
SOPHIE DES SAGETS NÉE RAVIER DE MONTGIROD : 1777 – 1869
AUGUSTE DES SAGETS : 1807 – 1884
LUCILE ORSEL NÉE DES SAGETS : 1841 – 1898 (Lucile Rué des Sagets)
Socle (Partie basse de la stèle)
AMÉLIE DES SAGETS NÉE BONNARDET : 1812 – 1905 (Mère de Lucile des Sagets)
GILBERT ORSEL DES SAGETS : 1866 – 1912
Rebord supérieur du tombeau (Côté/Tranche)
CHARLES DES SAGETS : 1805 – 1885
CHARLES FOREST : 1800 – 1859
SON ÉPOUSE IRMA NÉE FOREST : 1802 – 1886
Rebord supérieur (Autre côté)
... ORSEL DES SAGETS NÉE DE LARNAGE : 1870 – 1950
Voici la synthèse des éléments généalogiques et successoraux concernant la transmission du Château des Sagets au sein de la famille Orsel des Sagets :
Le domaine des Rué des Sagets :
À l'origine, la terre et le château (reconstruit au XIXᵉ siècle) appartenaient à la famille Rué des Sagets, notamment à Auguste Rué des Sagets (1807–1884) et son épouse Amélie Bonnardet (1812–1905).
L’alliance avec la famille Orsel (1863) :
Le 23 novembre 1863, leur fille unique, Lucile Rué des Sagets (1841–1898), épouse à Artaix Henri Orsel (1839–1914), originaire de Lyon. C'est par ce mariage que le domaine entre dans la famille Orsel, donnant naissance à la branche Orsel des Sagets.
La transmission du château au sein de la ligne directe s’est organisée ainsi :
Génération 1 : Henri Orsel des Sagets & Lucile Rué des Sagets
Lucile décède en 1898 et Henri en 1914. Ils ont eu une très nombreuse descendance (8 enfants), créant ainsi une indivision/partage familial complexe.
Génération 2 : Gilbert Orsel des Sagets (1866–1912)
Fils aîné d'Henri et Lucile. Il est repéré sur la stèle du monument funéraire d'Artaix (décédé prématurément en 1912, avant son père).
Son épouse, Thérèse de Larnage (1870–1950), conserve un rôle prépondérant dans la gestion du domaine familial pendant la première moitié du XXᵉ siècle.
Seconde moitié du XXᵉ siècle : L’indivision et l’essor des branches alliées
Du fait des 8 enfants du couple fondateur (Henri & Lucile), le patrimoine a été partagé puis conservé en indivision entre plusieurs sous-branches descendantes (familles Dreux, Maillet, de Saint-Jacques, de Riberolles, Legrand, etc.).
Au cours du XXᵉ siècle, la gestion du château devient lourde (notamment après les dégâts de l'incendie de 1944), ce qui amène progressivement la famille à se séparer du domaine, menant à sa mutation contemporaine hors de la descendance Orsel.
En 2026 le Château est la propriété d'un couple habitant sur Artaix, mais pas au Château.
⏬Page : Lucile Rué des Sagets - Union, enfants 📖
Union
• Mariée le 23 novembre 1863 à Artaix,
avec Henri Orsel des Sagets 1839-1914.
Enfants
Andrée Amélie "Alice" Orsel des Sagets 1864-1947
Gilbert Auguste Orsel des Sagets 1866-1912
Charles Orsel des Sagets 1867- 1927
Marie Joseph "Alfred" Orsel des Sagets 1868-1873
Maurice Orsel des Sagets 1870- 1951
Fernande Marie "Henriette" Orsel des Sagets, Cousine 1872-1946
Raphaël Orsel des Sagets
Eugéne Orsel des Sagets
Fratrie
Louise Sophie "Lucile" Rué des Sagets, Cousine 1841-1898
Charles Rué des Sagets
Notes individuelles
en 1863, 22 ans, lors de son Mariage, demeure à Artaix, chez ses Parents
en 1864, 23 ans, demeure au Château des Sagets à Artaix
en 1866, 24 ans, demeure à Lyon, 46 Rue deBourbon
en 1872, 30 ans, Propriétaire, Rentière, demeure à Marcigny
en 1873, Rentière, demeure à Marcigny
Notes concernant l'union
en 1863, Mariage - vu AD - Pages 4 & 5 - P.Jame
A vérifier:
Une aile du château des Sagets a été détruite par un incendie en 1944.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le château a souffert des événements de la guerre (notamment lors des combats et accrochages liés au maquis dans le Brionnais), ce qui a provoqué un incendie destructeur sur l'une des ailes de la demeure.
C'est à la suite de ce sinistre que le château a perdu une partie de sa structure d'origine et a été partiellement remanié.
Origine : La famille Orsel est issue de la noblesse du Piémont (les Orselli).
Seigneuries : Grands vassaux du marquis de Saluces dès le XIIᵉ siècle, ils possédaient les seigneuries de Brassasco, Binasco et Melle.
L'exil à Lyon : Guelfes convaincus, ils quittent le Piémont pendant les guerres intestines contre les Gibelins pour s'installer à Lyon.
Symbolique : L’ours en marbre blanc (tiré des ruines familiales en Italie) a été enchâssé au perron de la bibliothèque des Sagets par Henri Orsel en 1878, puis transféré au château de la Tour-des-Echelles à Jujurieux.
Hébergement des prêtres clandestins : L'arrière-grand-mère Françoise Orsel (née de St Pierre) héberge deux prêtres réfractaires (dont l’abbé Girin) dans son domaine d'Oullins.
Services religieux clandestins : Son fils aîné fait office d'enfant de chœur dans une grange, faisant tinter deux cailloux pour remplacer la sonnette d'élévation.
Engagements d'époque :
Un frère de Françoise est supérieur des Célestins.
Un autre frère sert comme aide de camp du général de Précy lors du siège de Lyon contre la Convention.
Achat au XVIIIᵉ siècle : Joseph Orsel (secrétaire du Roi à Lyon) achète la seigneurie de la Tour-des-Echelles à Jujurieux et la lègue à sa nièce Marguerite Orsel.
Alliance Maupetit : Marguerite épouse Pierre Maupetit, devenant la mère du futur général-baron d'Empire Maupetit.
Retour dans la famille (1922) : À la mort du baron Amédée Maupetit en 1922, la propriété revient à Charles Orsel des Sagets, scellant le retour du château dans la branche Orsel.
Jacques Orsel x Françoise de St Pierre
Victor Orsel (1795–1850)
Jacques Orsel (1796–1878) x Amélie Bonnardet
Henri Orsel des Sagets x Lucile des Sagets (1865)
Alice(1865) - Gilbert(1866) - Charles(1867) - Alfred(1869) - Maurice(1870) - Henriette(1872) - Raphaël(1874)
Alice (1865) : L'aînée de la famille. Solide dans ses études à Bellecroix, elle est décrite comme l'ange gardien et la seconde mère de la fratrie.
Gilbert (1866–1912) :
Admis à l'École des Mines de Paris, ingénieur civil dans le Gard et les Pyrénées.
Intégrité morale : Refuse d'obtempérer aux ordres du célèbre escroc financier Rochette qui lui demandait de falsifier des registres d'usine.
Épouse Alix de Larnage en 1898 à Tain. Meurt prématurément à 46 ans en laissant 8 enfants.
Charles (1867–~1927) :
Saint-Cyrien, carrière militaire.
Gravement blessé et amputé du bras droit pendant la guerre de 1914-1918 (Commandeur de la Légion d'Honneur).
Reprend des études et passe sa licence de droit à 55 ans pour devenir procureur de la République près le conseil de guerre de Lyon.
Épouse Mathilde Guérin en 1893.
Alfred (1869–1873) : Né à Marcigny, décédé en bas âge à l'âge de 4 ans.
Maurice (1870–1940+) :
Engagé volontaire au 10ᵉ chasseurs à cheval, puis devient notaire à Billy (Allier).
Président de la congrégation Saint-Louis de Gonzague au collège de Mongré pendant ses études.
Épouse Marie-Louise de Lameigné.
Henriette (2 janvier 1872) : Dédicataire des mémoires du père Raphaël. Elle épouse Henry Perroy.
Raphaël (1ᵉʳ septembre 1874) – L'Auteur :
Tenu sur les fonts baptismaux par le vieux « père » Ravier du Magny (93 ans).
Orienté vers la vie religieuse après une rencontre fortuite en train en 1895 avec sa cousine Camille Bonnardet (religieuse de l'Assomption).
Entré au noviciat des Pères de l'Assomption à Livry en 1898.
Pêche et rivalité locale : La rivière est victime d'un empoisonnement à la chaux par une rivale du secteur ; seules les écrevisses et quelques verrons survivent.
La pêche aux écrevisses :
Approvisionnement en têtes de mouton fraîches auprès de la bouchère Morel à Marcigny.
Pêche nocturne « au feu » avec des falots le long de la berge (pêche record de 199 écrevisses en une nuit).
Repas mémorable de « queues d'écrevisses » (plus de 400 pièces) inspiré d'un repas fait par Gambetta.
À l'origine garni de carpes, l'étang subit une dépopulation massive après l'introduction imprudente de brochets carnassiers par le grand-père.
Technique de Gilbert : Gilbert chassait les carpes géantes (> 5 livres) au fusil, en tirant une fléchette reliée à une ficelle.
Pêche au « Gille » : Grand épervier traîné au fond du lac par deux hommes manœuvrant un bateau à la gaule.
Bois de 30 hectares habité par les lièvres.
Récit de la pipée : Chasse nocturne utilisant des appeaux (imitant le cri de la chouette) et des branches engluées pour capturer geais, pies et pic-verts.
Principes du père : En tant que maire d'Oullins/Marcigny, le père refuse de participer à la pipée par respect de la législation sur la chasse. La grand-mère Amélie (71 ans) y participe activement.
Domaine de 200 hectares disposant d'un manoir avec pont-levis.
Révolution et ruse juridique : Pendant la Terreur, un ancêtre magistrat dérobe au greffe du tribunal de Lyon l'acte d'expropriation visant son domaine de Sary comme noble, gagnant du temps jusqu'à la chute de la Convention.
Pierre Ravier du Magny (« Mon Bâton ») : Professeur de droit à la Faculté Catholique de Lyon, choisi par le clergé français pour négocier auprès du Pape Pie X lors de la crise des lois de Séparation et des cultuelles (1905).
Amélie des Sagets (grand-mère) était la sœur de Maurice Bonnardet (époux d'Anaïs O'Méade, issue d'une famille d'émigrés irlandais).
Le voyage annuel en break : 17 km parcourus en 2 h 30 avec le cheval de trait « Fanfare ».
L'accident de l'Oncle Maurice : Vers 1880, ses chevaux s'embalent à La Pacaudière ; il saute de la voiture, s'entrave dans les rênes et est traîné sur 100 m. Opéré et la jambe raccourcie, il continue la chasse jusqu'à 90 ans avec sa rossinante « Coco ».
Pique-niques au bord de la Loire : Réunions avec les familles Relave, Berland et de Cavailhès (anecdote des 3 jambons apportés le même jour par erreur).
Jeux de société : Le « jeu des Députés » (jeu de devinettes/absorption par équipe), le corbillon, et les cadavres exquis manuscrits.
L'École Primaire des Frères Maristes (Marcigny) :
Dirigée par le Frère Antoine, personnalité érudite (professeur d'arithmétique, d'algèbre et peintre).
Tradition du « Bœuf Gras » : le Frère Antoine peignait sur le flanc du bœuf du boucher Joly des motifs multicolores sous les acclamations des élèves.
Le Petit Séminaire de Semur-en-Brionnais :
Suite aux décrets d'expulsion des congrégations en 1880, les garçons y sont transférés.
Suivent l'enseignement de l'abbé Gelé. Récit de la daube apportée au parloir par leur père pour combler les portions congrue de l'économe.
Le Collège Saint-Michel de Saint-Étienne (Jésuites) :
Études de Maurice et Raphaël.
Dirigé par le Père Dromard (surnommé « Père Dromadaire » pour sa stature ascétique).
Anecdote sportive : Les élèves construisent une piste de toboggan/montagne russe en glace de 100 m de long qui s'encastrait jusque dans la salle de classe de 3ᵉ.
Guérison miraculeuse de Charles après sa blessure au manège Colin grâce aux soins combinés du rebouteur Fontaine et de prières à Saint-Julien.
Année - Événement historique ou familial
XIIᵉ siècle Origines piémontaises de la famille Orselli à Saluces.
1793 Siège de Lyon ; Françoise Orsel cacha les prêtres clandestins à Oullins.
1865 Mariage d'Henri Orsel et Lucile des Sagets / Naissance d'Alice.
1866–1874 Naissance de Gilbert (1866), Charles (1867), Alfred (1869), Maurice (1870), Henriette (1872), Raphaël (1874).
1878–1879 Décès du grand-père Jacques Orsel. Reconstruction du château des Sagets et pose de l'ours de marbre.
1880 Expulsion des congrégations ; transfert des enfants au séminaire de Semur. Accident de voiture de l'oncle Maurice Bonnardet.
1893 Mariage de Charles Orsel des Sagets avec Mathilde Guérin.
1898 Mariage de Gilbert avec Alix de Larnage / Raphaël entre au noviciat des Assomptionnistes / Mort de Camille Bonnardet à Nice.
1912 Mort prématurée de Gilbert Orsel des Sagets à 46 ans.
1914–1918 Grande Guerre : Charles est amputé du bras droit.
1922 Le château de la Tour-des-Echelles (Jujurieux) revient à Charles Orsel des Sagets.
1927 Thèse de doctorat en droit de Pierre Ravier du Magny / Charles devient procureur militaire à 55 ans.
ORSELLI (Piémont, XIIe s.)
[Passage en France / Exil]
Jean-Jacques ORSEL x Françoise de SAINT-PIERRE
les enfants ;
Grand'Oncle ORSEL (faisait le clerc sous la Terreur)
Victor ORSEL (Artiste"Peintre Chrétien")
Jacques ORSEL x Mlle [N...]
les enfants :
-Henri ORSEL x Lucile RUÉ DES SAGETS
les enfants :
Alice(1865) - Gilbert(1866) - Charles(1867) - Alfred(1869) - Maurice(1870) - Henriette(1872) - Raphaël(1874)
Origine & Territoires : Famille issue de la haute noblesse piémontaise. Grands vassaux du marquis de Saluces, les Orselli possèdent dès le XIIᵉ siècle les seigneuries de Brassasco, Binasco et Melle.
Conflits politiques & Exil : Fervents partisans du Pape (parti des Guelfes), ils entrent en conflit armé contre leur souverain rallié aux Gibelins. Vaincus, ils sont contraints à l'exil, franchissent les Alpes et s'établissent à Lyon pour y reconstituer leur fortune.
Développement des branches françaises :
Branche aînée : Fixée à Jujurieux (Ain).
Branche cadette : Fixée à Oullins (Rhône).
Période : Fin du XVIIIᵉ siècle (Période révolutionnaire / La Terreur).
Lieu de résidence : Domaine d'Oullins (Rhône).
🏛️ L'histoire de la famille alliée : Famille de SAINT-PIERRE & PERROY
Famille de SAINT-PIERRE : Famille d'ancienne noblesse marquée par des vocations militaires et religieuses.
Un frère de Françoise est Supérieur Général de l'Ordre des Célestins.
Un autre frère est le Général de SAINT-PIERRE, aide de camp du célèbre général comte de Précy lors du siège de Lyon contre la Convention en 1793.
Alliance PERROY / de PRÉCY : La famille Orsel s'alliera ultérieurement aux Perroy (notamment avec le mariage d'Henry Perroy, arrière-petit-neveu du général de Précy). On dénombre trois mariages croisés entre les familles de Précy et Perroy.
👶 Enfants du couple Jean-Jacques ORSEL x Françoise de SAINT-PIERRE :
[Prénom non précisé] ORSEL (L'Aîné / Grand'Oncle)
Lieu de naissance : Oullins (Rhône) — vers 1785.
Parcours : Enfant de chœur clandestin dans la grange d'Oullins sous la Révolution (il frappait deux cailloux plat pour imiter la clochette et cachait les ornements sous des fagots). Décédé à près de 90 ans (vers 1870-1875). Parrain de sa petite-nièce Alice.
Victor ORSEL
Lieu de naissance : Oullins / Lyon — Début du XIXᵉ siècle.
Profession / Vocation : Illustre artiste peintre du courant nazaréen/religieux, surnommé le « Peintre Chrétien ».
Jacques ORSEL (Le Grand-Père paternel)
Lieu de naissance : Oullins / Lyon.
Profession / Activités : Poète et homme de lettres, membre de l'Académie de Lyon (publié chez Duc-Périsse). Pour subvenir aux besoins familiaux, il devient investisseur/promoteur immobilier aux Brotteaux (Lyon).
👶 Enfant(s) issu(s) de ce mariage :
Henri ORSEL (devenu Henri ORSEL DES SAGETS)
Lieu de naissance : Lyon (Rhône)
Parcours : Gentilhomme campagnard au domaine des Sagets, capitaine dans la Garde Nationale à Marcigny pendant la guerre de 1870, passionné de chasse et d'histoire familiale.
Mariage : Célébré vers 1864 par l'abbé Bonnamour, curé d'Artaix.
🏛️ L'histoire de la famille alliée : Famille RUÉ DES SAGETS
Origine & Implantation : Famille terrienne du Charollais, originaire de Digoin (Saône-et-Loire), établie au domaine des Sagets (aux confins du Bourbonnais et du Charollais, à 7 km de Marcigny).
Personnages clés :
Jacques-Augustin Rué des Sagets (Grand-père maternel) : Propriétaire du domaine des Sagets et d'une maison de ville Louis XV Place du Cours à Marcigny. Il fait reconstruire le Château des Sagets en 1878-1879.
Charles des Sagets (Grand-oncle maternel, aîné d'Auguste) : Homme d'esprit, musicien (violoncelliste, fondateur de la fanfare de Semur) et taxidermiste amateur (sollicité par la Ville de Lyon pour empailler une lionne d'Afrique). Époux d'Irma FOREZ (dont une fille, Marie des Sagets, morte jeune).
👶 Enfants et Descendants du couple Henri ORSEL x Lucile RUÉ DES SAGETS :
Alice ORSEL DES SAGETS
Date & Lieu de naissance : 1865 au Château des Sagets (Artaix / Anzy-le-Duc, Saône-et-Loire).
Notes : Aînée de la fratrie, dotée d'une grande autorité naturelle.
Gilbert ORSEL DES SAGETS
Date & Lieu de naissance : 1866 à Lyon (Rhône).
Notes : Nourri par une nourrice piémontaise (Marianne). Célèbre dans le Charollais pour sa force athlétique.
Charles ORSEL DES SAGETS
Date & Lieu de naissance : 1867 à Lyon (Rhône).
Notes : A eu pour parrain son grand-oncle Charles des Sagets.
Alfred ORSEL DES SAGETS
Date & Lieu de naissance : 1869 à Marcigny (Saône-et-Loire), dans la maison de la Place du Cours.
Maurice ORSEL DES SAGETS
Date & Lieu de naissance : 29 mars 1870 à Marcigny (Saône-et-Loire).
Henriette ORSEL DES SAGETS
Date & Lieu de naissance : 2 janvier 1872 à Marcigny (Saône-et-Loire).
Notes : Dédicataire des Cahiers de Souvenirs rédigés par son frère Raphaël pour son 70ᵉ anniversaire (14ᵉ lustre).
R.P. Raphaël ORSEL DES SAGETS (Auteur des Souvenirs)
Date & Lieu de naissance : 1ᵉʳ septembre 1874 à Marcigny (Saône-et-Loire).
Profession / Vocations : Prêtre religieux (Révérend Père).
(Note : Dans la vie quotidienne, la fratrie était divisée entre « Les Grands » [Alice, Gilbert, Charles] et « Les Accrocs » [Alfred, Maurice, Henriette, Raphaël], appelés ainsi car ils s'accrochaient aux pas des plus grands lors des sorties et des pêches).
Branche ORSEL-GUÉRIN / MAUPETIT-ORSEL :
Par alliances subséquentes au XXᵉ siècle, la descendance Orsel s'allie aux familles Maupetit puis Guérin, devenant la famille Orsel-Guérin.
Ce sont eux qui héritent des reliques et éléments patrimoniaux de la famille, notamment l'Ours lampassé en marbre blanc (rapporté d'Italie par Henri Orsel et encastré aux Sagets en 1879), désormais préservé au Château de la Tour des Échelles.
Années - Événement Familial & Métiers
Contexte de Vie, Cadre Social & Local
Fin XVIIIᵉ (Terreur) Françoise Orsel née de St-Pierre cache des prêtres à Oullins.
Célébration clandestine des messes dans les granges. Les enfants simulent la clochette avec des cailloux.
1841 (Repère historique : Commande du corps principal les plans du château des Sagets à l'architecte Miciol par J.-A. des Sagets)
Evolution des grandes demeures de propriétaires fonciers dans le Charollais.
1863 - 1865 Mariage de Henri Orsel & Lucile des Sagets. Naissance d'Alice (1865).Vie de gentilhomme campagnard. Chasse, promenades, étangs et pêche dans la rivière des Bayons.
1865 - 1868 Déménagement temporaire à Lyon. Naissances de Gilbert (1866) et Charles (1867).Vie citadine lyonnaise, fréquentation du milieu des arts (Victor Orsel, musées).
1868 - 1878 Retour dans le Charollais, installation dans la maison Louis XV (Place du Cours à Marcigny). Naissances d'Alfred (1869), Maurice (1870), Henriette (1872) et Raphaël (1874).
Vie quotidienne à Marcigny :
- Scolarité des garçons à l'École des Frères.
- Pratiques religieuses : Chemin de croix par le curé Rocher ; chorale paroissiale animée par la mère.- - - - Cadre local : le ruisseau « Merdasson » et son moulin.
- Éducation de l'époque (martinet, peurs enfantines de la « grande Marie »).
1870 - 1871 Guerre Franco-Prussienne. Henri Orsel s'engage dans la Garde Nationale.Exercices hebdomadaires sur la place de Marcigny sous les ordres d'un capitaine-jardinier (Mariotte). L'uniforme servira plus tard de livrée au domestique.
1878 - 1879 Reconstruction (Création des 2 tours carrées) du Château des Sagets par Jacques-Augustin des Sagets.
Abattage des chênes du bois des Sagets pour les charpentes. Incrustation de l'ours armorié piémontais en marbre dans le perron.
1879 et suiv. Installation définitive de la famille aux Sagets reconstruites.
Équitation dans l'allée de 400 m, jeux près du « Gros Chêne », pêche aux écrevisses à la balance ou au feu dans la rivière du Brigalin.
1883 Décès du grand-père Jacques-Augustin Rué des Sagets.
Mutation et transmission du domaine des Sagets à la nouvelle génération Orsel des Sagets.
Souvenirs de famille (extraits du cahier de Raphaël Orsel) :
* La vie de gentilhomme : Henri Orsel, citadin lyonnais, s'habitua vite à la vie campagnarde, devenant un chasseur passionné dans les bois et prairies du domaine.
* L'environnement : Le domaine était traversé par une rivière riche en écrevisses et bordé d'un étang de 300 mètres de long.
* La nostalgie lyonnaise : Bien que vivant à Artaix, la famille gardait des attaches fortes à Lyon, où ils se réfugiaient parfois pour fuir le froid des Sagets avant les aménagements modernes.
⏬Page : Extrait de cahier de Souvenir de la famille, par RP Raphael Orsel des Sagets.
Notre père Henri Orsell ......📖
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C’est par l’intermédiaire de notre arrière-grand-père M. Louis Bonnardel, qui avait à Lyon, des amis communs avec la famille Orsel, que notre père fut présenté à Mlle Lucile des Sagets, appartenant à une famille terrienne du Charollais. Notre père n’avait pas de situation, ce qui était bien porté alors et qui fît pencher la balance en sa faveur, nos grands-parents voulaient d’ailleurs garder leur fille auprès d’eux. La propriété des Sagets, sise à 7 kilomètres de Marcigny (Saône-et-Loire), consistant surtout en belles prairies et en bois, notre grand’père paternel en avait hérité de ses parents, originaire de Digoin.
Elle était traversée par une petite rivière qui prenait sa source à la Pacaudière, cette rivière était remplie de verrons et d’écrevisses. Plus près du château, un étang d’environ 300 m de long sur 50 m de large étendait paresseusement sa nappe d’eau parallèlement à la route qui va de Chanay à Marcigny.
C’est dans cette propriété que le jeune Henri Orsel, jusque là citadin, s’accoutuma d’assez bonne grâce à la vie de gentilhomme campagnard. La fin du 2ème empire se passait dans une splendeur qui cachait bien des misères et des lacunes.
M’importe ! à 24 ans, on connaît la joie de vivre. Notre père, déjà passionné pour la chasse, un beau fusil neuf entre les mains, rêvait d’exercer son talent sur autre chose que sur des pies et des merles, seul gibier qu’il eut connu à Oullins dans le jardin de ses parents. Dès la première année de son séjour aux Sagets il prit un permis, habitude à laquelle il devait rester fidèle pendant plus de 40 ans.
Notre mère, beau type de Bourbonnaise, ( les Sagets formaient autrefois la limite du Bourbonnais et du Charollais ), était à la fois réfléchie et d’un esprit très vif. D’une insigne piété, elle ne pouvait souffrir qu’on portât la moindre atteinte à la religion. Quand elle entendait les paysans jurer en menant leurs bœufs, elle allait droit à eux pour les semoncer. Ceux-ci acceptaient docilement la réprimande. Pourtant un jour, l’un d’eux lui répondit pour s’excuser : « mais, Madame, si je jurons point, y ne voudront point martchi ( marcher )… » Dès lors elle comprit + qu’ils avaient moins de malice que d’ignorance, et elle fut plus indulgente. Elle faisait des rouleaux de pièces de 10 centimes pour ses aumônes et elle donnait de préférence aux personnes pauvres chargées de famille. Elle faisait de la propagande pour la cause des familles nombreuses. Une paysanne avait 4 enfants, ma mère lui dit : « et bien mère B…, si le bon dieu vous en envoyait encore d’autres, est-ce que vous seriez contente ? » - « oh ! oui, lui répondit celle-ci un peu perplexe, j’aimerais mieux en avoir 15 que n’en poin n’avoir » Déjà longtemps avant son mariage, les paysans l’appelaient : « la bonne Demoiselle » Nous en reparlerons dans la série des portraits. Un prêtre, M. L’abbé Bonnamour, curé d’Artaix, bénit l’union nuptiale, le ciel y ajouta aussi sa bénédiction, et après un an de mariage, vint au monde une petite fille un peu menue, mais bien jolie, qui fut appelée Alice (1). Dieu l’avait douée d’une incontestable sens de l’autorité, dont elle devait d’ailleurs profiter pour être l’ange gardien de ses frères et sœurs.
Ci'après :
Extrait de cahier de Souvenir de la famille, par R P Raphael Osersel des Sagets
⏬Page : le foyer s'agrandit Lyon Marcigny
Le foyer s’agrandit Lyon . Marcigny
J’ai toujours été un peu sceptique en lisant les écrits humoristiques de certains auteurs, concernant les rapports difficiles entre gendres et beaux-pères, ainsi qu’entre belles-mères et belles-filles. C’est pourquoi je crois devoir attribuer à d’autres raisons qu’à une incompatibilité d’humeur, le départ de nos parents pour Lyon, vers l’année 1866. La maison des Sagets tombait en ruines, rien n’y était aménagé contre le froid, et la santé des futurs bébés pourrait en souffrir. De plus, Lyon était le pays d’origine de notre père, il y comptait encore ses parents, et le désir de se rapprocher d’eux a dû certainement influer sur sa décision (2).
L’année suivante vit donc à Lyon la naissance d’un garçon, il fut appelé Gilbert, nom souvent porté par les de Sagets. Une honnête Piémontaise nommée Marianne, lui servit de nourrice. Il faut croire qu’elle était de bonne constitution, car le bébé qu’elle nourrit de son lait fut le plus vigoureux de nous tous. (1) date 1865 (2) L’installation à Lyon dût se faire dans l’hier 1865-1866 2 + Sa force physique devint même proverbiale dans la région Charollaise.
Un troisième bébé vint en son temps ( 1867 ), ce fut Charles Orsel, qui eut pour parrain M. Charles des Sagets, son grand’oncle maternel. Celui-ci était plus âgé de 4 ans que son frère Auguste. A la mort de ses parents il s’était partagé avec lui la propriété des Sagets, et s’était installé dans la partie voisine de Chenay qu’on appelait l’hôpital tenu par des religieuses. Il demeurait alors à Lyon. Plus artiste qu’entendu en affaire, il n’avait pas tardé à se séparer d’un de ses associés en commerce, M. Forez, avec lequel il avait consenti à avoir pendant un certain temps, partie liée (1). Pour le reste, il excellait en tout ce à quoi il voulait bien s’appliquer. Il s’assimilait les connaissances les plus diverses avec une facilité extraordinaire. Quelles années lui suffirent pour apprendre le violoncelle, au point d’être recherché dans les concerts les plus en vogue. Toujours désireux de rendre service et ayant déjà le sens social, bien avant que le mot existât, il réunissait les hommes de Semur chez lui afin de les former à la musique. Sous sa direction la fanfare prit beaucoup d’extension. Il venait surtout aux jours de fête rehausser les cérémonies de la vieille église ce qui attirait de nouveaux assistants à la grand’messe. L’idée vint un jour à notre oncle d’empailler de petits oiseaux, il acquis dans cet art une réputation méritée. Les édiles de la ville de Lyon, ayant entendu parler de son talent, lui confièrent le soin d’empailler une lionne tirée dans une de nos colonies d’Afrique. Il s’y prêta de bonne grâce, et le musée lyonnais ne tarda pas à s’enrichir d’une œuvre d’art, mon père m’a souvent montré cette lionne à l’angle d’une des salles du musée. Cependant notre père, après un séjour de quelques années à Lyon, prit la nostalgie du pays de sa femme, et se disposa à revenir dans le Charollais.
Sur ces entrefaites, notre grand’père, qui se proposait de faire reconstruire les Sagets, avait loué la maison de M. de Vichy, située non loin de la maison des frères, près de la poterie Henry. C’est là qu’il mourut en 1883.
Quant à la grande maison qu’il possédait place du Cours, il la mit à la disposition de (1)De l’union de M. Charles des Sagets avec Irma Forez devait naître Marie des Sagets, d’une insigne piété, elle mourut jeune. son gendre et de sa fille. Cette maison apparemment du XVIII ème siècle était de style Louis XV. Elle conservait encore les petits carreaux de fenêtres de cette époque. La salle à manger était en face de la porte d’entrée, et séparée du vestibule par une double porte vitrée. Le salon était à gauche, une glace au dessus de la porte, faisait face à une autre glace sur le mur opposé du salon, en sorte que celui qui entrait voyait son image multipliée indéfiniment, ce phénomène d’optique m’intriguait beaucoup quand j’étais enfant, et la première fois, j’eus grand peur. Le grand escalier en pierre qui montait au premier était usé par les pas de ceux qui l’avaient monté et descendu pendant des générations. C’est dans cette maison que devaient naître les 4 enfants suivants : Alfred (1869), Maurice (29 mars 1870), Henriette (2 janvier 1872) et Raphaël (1 sept 1874). Tout ce petit monde poussait à vue d’œil, les batailles étaient fréquentes entre les enfants et le vacarme était alors assourdissant. Heureusement, un grand jardin, d’un hectare environ s’offrait à eux pour pendre leurs ébats sous l’œil vigilant de leurs bonnes, tandis que leurs parents pouvaient recevoir leurs visites ou vaguer tranquillement, soit à leur correspondance, soit aux soins du ménage.
Un ruisseau (1) venant de Semur et endigué par deux murs de pierre, assez bas, longeait le jardin. A quelques mètres de la maison, en amont, il alimentait un moulin. En regardant ses grandes ailes se mouvoir sous l’impulsion du vent, nous aimions à chanter la chanson : « Meunier, tu dors, ton moulin va trop vite… » Ce ruisseau avait Quelques petits poissons, et même des sangsues, précieux trésor pour les pharmacies, mais nos parents ne songeaient guère à tirer profit de ces intéressants animaux, le peuple aurait crié au scandale et considéré cela comme une injure faite aux prolétaires, tel était bien souvent l’état d’esprit à cette époque. De nombreuses treilles de vigne ornaient les murs du jardin, elles nous donnaient d’excellents raisins de table, mais sans suffire complètement à nous alimenter en vin. Une année pourtant, notre (1) Ce ruisseau était si malpropre qu’on avait changé son ancien nom, mare d’Alson, en celui de « Merdasson ». Un proverbe déjà vieux disait : Entre Merdin et Merdasson, Semur et Marcigny sont. ( note de ma sœur Henriette ). + père réussit à tirer 3 pièces, ce dont il était légitimement fier. Avant que le vin ne fermentât, il nous appelait à la cave en criant : « Venez enfants, venez boire du vin nouveau ! » Nous accourions à toutes jambes, et tout en dégustant notre verre, nous disions naïvement entre nous : « Si c’est cela le vin pur, c’est vraiment très bon, mais pourquoi à table, nos parents y mettent-ils tant d’eau ? » Les poupées. La grande Marie Une vielle bonne, nommée Adèle, recueillie par charité, était préposée à nos jeux d’enfants, elle nous les distribuait et les rangeait quand nous avions fini de jouer. C’était naturellement à qui aurait la plus belle poupée, à qui la soignerait le mieux, et quand nos parents nous amenaient en visite, nous les emportions avec orgueil et nous les comparions à celle des autres enfants. Alors on assistait à des querelles d’amour propre qui dégénéraient facilement en pugilats. Les petites de Challonge (1) s’entendaient à nous griffer, mais nous le leur rendions avec usure par des taloches magistrales. Nos bonnes intervenaient pour calmer les esprits, si malgré tout elles n’y 3 arrivaient pas ou si les têtes s’échauffaient, chaque bonne prenait parti pour son petit protégé et abrégeait le visite, et l’on revenait tout de même assez déconfit à la maison, car nous aimions bien les visites. Il y avait à Marcigny une vieille femme, le front tout ridé, l’air très sévère et qui nous faisait grand’peur. On l’appelait la grande Marie, elle avait la réputation d’enfermer les enfants dans une cave et de manger ceux qui étaient trop récalcitrants : « Je vais appeler la grande Marie ! », nous disait-on, quand on était à bout d’arguments. Sa vue seule suffisait à nous faire tenir tranquille. Pourtant, à mesure que nos frères grandissaient, leur terreur de la grande Marie diminuait, ils ne l’avaient jamais vue manger des enfants. Une fois même, ils se mirent à se moquer d’elle en passant, j’étais effrayé pour eux, mais comme cette prétendue ogresse se contentait de leur monter le poing en roulant ses gros (1) Dans ces réunions d’enfants, on comptait aussi les petites de Lafège, de la Tour etc… Les enfants de Cavailhès, berland, plus âgés avaient le privilège d’être admis dans le cercle des parents. + yeux, je commençais aussi à devenir sceptique à son sujet. Il fallut trouver d’autres moyens de nous assagir. Qui n’a pas entendu parler du martinet comme instrument de correction ?. Bien entendu, nos parents avaient un martinet, nous ne le savions que trop. Mais où était sa cachette ? longtemps nous l’ignorâmes. Un jour cependant, l’un de nous le découvrit au-dessus d’une armoire. Ah ! c’était donc ça cet instrument qui nous inspirait tant d’effroi et nous causait tant d’ennuis ? … qui surgissait inopinément à chaque nouvelle peccadille ?
Le faire disparaître, il n’y fallait pas songer, nous serions punis doublement. On tint conseil. Il fut décidé que tous les 3 ou 4 jours on enlèverait une lanière au martinet, de la sorte, tout au moins, il ferait moins mal, les grands nous recommandèrent de les laisser se charger de l’opération, nous pourrions gâter le métier. De fait, pendant un certain temps, tout se passa bien, les douleurs causées par l’instrument étaient moins vives, les parents ne se doutaient de rien. Malheureusement les petits n’observèrent pas la consigne, eux aussi arrachèrent quelques lanières de cuir, si bien qu’à la longue, les parents s’aperçurent de la supercherie, ils n’avaient plus entre les mains que le tiers d’un martinet. Ils en achetèrent un neuf et nous n’y gagnâmes rien. Mais revenons un peu en arrière. La guerre de 1870 avait peu éprouvé notre région, il était bien rare de rencontrer un ‘‘casque à pointe’’ dans le pays. Notre père, qui avait tiré au sort un bon numéro, devint garde national, sa défense de la patrie consistait à faire l’exercice une fois par semaine sur la grande place de Marcigny. Il avait pour capitaine un homme demi-cultivé, jardinier de son métier, nommé Mariotte, et qui avait travaillé quelque temps chez lui. Les fautes d’élocution du capitaine n’étaient point rares, mais le soldat lui obéissait et écoutait sans broncher ses commandements et ses observations, tant il est vrai que la lutte pour un idéal commun rapproche les distances ! . Pendant longtemps après la guerre, le fameux uniforme de garde national réajusté, remis à neuf et garni de boutons armoriés, serrent de livrée à notre domestique. Il le portait d’ailleurs avec une noble fierté
⏬Page : Les derniers temp du séjour à Marcigny. Retour aux Sagets
Les derniers temp du séjour à Marcigny. Retour aux Sagets
Cependant, notre mère, bien qu’habitant Marcigny, l’attristait de vivre encore séparée de son père et de sa mère, avec lesquels elle n’avait que de rares communications. Un arrangement se fit entre les beaux-parents. Le château des Sagets serait reconstruit sans tarder, la nouvelle génération viendrait s’y installer. Un de nos oncles, M. Chenavard, architecte, avait construit plusieurs églises dans la région, entre autres, l’église de Roanne. Il fut consulté et fit un devis très onéreux. Ce devis fut jugé trop élevé, d’ailleurs notre oncle imbu des principes de l’architecture grecque, présentait un plan qui ne convenait guère au style des châteaux modernes. On fit appel à un architecte de la région, aux goûts plus modestes. Le plan et le devis furent acceptés. La famille Orsel resta provisoirement à Marcigny. De son coté, M. Auguste des Sagets louait à bail une maison à Marcigny, non loin de l’école des frères. Les enfants fréquentaient cette école comme externes, nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur ce sujet. A la maison, la vie de piété n’était pas oubliée. Notre mère nous apprenait et nous faisait réciter des prières, assez courtes pour les plus petits, plus longues pour les plus grands. Lorsqu’elle-même était empêchée de nous les faire réciter, elle confiait ce soin à la bonne, mais pour rien au monde, elle ne nous aurait laissé omettre les prières du matin et du soir. C’est là que dès l’âge de 3 ans, j’appris à réciter le Notre Père, le Je vous salue Marie, et le Souvenez-vous. Cette dernière prière présentait pour moi quelques difficultés. Je regrettais de ne pas tout comprendre. Un jour, je n’y tins plus : « Qu’est-ce donc, lui demandais-je, que mon homme de prière ? Vous me faites dire : Ne méprisez pas mon homme de prière. Quel est-il cet homme ? Il n y pas d’homme de prière, me répondit-elle… je te fais dire : ne méprisez pas mon humble prière » Je ne compris pas ce terme ( l’humilité, d’ailleurs n’était pas mon fort ) mais pour ne pas paraître ignare, je n’osais pas insister et je me déclarai satisfait. A l’église de Marcigny, en plus des offices du dimanche, nous allions souvent le vendredi, entendre le chemin de croix. Quand nous étions chez les frères, ceux-ci nous y menaient eux-mêmes chaque vendredi de Carême. Nous 4 entendions alors le vénérable curé monsieur Rocher, lire du haut de la chaire, avec une fonction toute sacerdotale les stations du chemin de la Croix, et peu à peu la piété entrait dans nos petites âmes. Je ne parle pas des heures nombreuses que notre mère passait aux œuvres de charité, notamment à faire des tricots, des layettes, des chaussettes pour les enfants pauvres. Dieu seul en a compté le nombre. Très artiste, elle faisait aussi répéter une fois par semaine, des hymnes et des cantiques, soit latins, soit français, aux chanteuses de la paroisse, pour les messes du dimanche et les solennités.
Le jeune vicaire, M. l’abbé Manier, futur évêque de Belley, était l’animateur des œuvres paroissiales. M. l’abbé Ramage devait lui succéder et devenir ensuite curé de St Martin du Loire. Pendant ce temps, les travaux pour la reconstruction des Sagets furent menés rapidement, des chênes élevés, coupés dans les bois Sagets, devaient servir aux poutres de la toiture et des plafonds. Alignés transversalement dans l’avenue, dont ils couvraient la moitié de la longueur, ces géants de la forêt, couchés à terre, présentaient un aspect imposant. Commencée en 1878, la réparation était terminée l’année suivante.
Notre père qui avait rapporté de son voyage en Italie, des pierres et ornementations armoriées trouvées dans les ruines des châteaux ayant appartenu aux Orsel de Saluces tenait à faire encastrer dans la maçonnerie un ours lampassé en marbre blanc. Pour lui, c’était un mémorial des splendeurs passées et en quelque sorte un trait d’union avec l’avenir. Notre grand’père hésita beaucoup, il avait fait son prix avec l’architecte et ne voulait pas changer de devis. Toutefois il décida, sur les instances du gendre, non sans avoir lâché cette boutade : « Nous n’avions pas l’ours l’an passé (lampassé), mais nous avons bien l’ours de cette année ! » Cet ours fut incrusté dans le perron de la bibliothèque, construit à cet effet. (1) Lorsque les murs furent suffisamment surs, nos parents s’installèrent dans les nouveaux locaux avec leurs enfants et leurs beaux-parents. (1879) Les Sagets ! c’était de nouveau la campagne, isolée d’un kilomètre (1) Cet ours lampassé orne maintenant l’une des façades de la cour d’honneur du château de la tour des Echelles, propriété des Orsel-Guérin, successeur des Maupetit-Orsel. + au moins de toute habitation. Seule notre sœur Alice pouvait s’en souvenir. Au moment de la belle saison, l’on retrouvait grand’père et grand’mère, un peu affaiblis par l’âge, mais promettant encore plusieurs années de vie. De par la volonté des aînés, les enfants étaient divisés en 2 catégories : les grands, qui comprenaient Alice, Gilbert et Charles, les autres étaient les petits ou plutôt les accrocs, on nous appelait accrocs, soit parce que nous étions accrochés à leurs trousses pour les suivre partout, soit parce que nous étions pour eux des gêneurs et des impedimenta.
S’agissait-il d’organiser une excursion ou une pêche dans la Loire, il fallait faire presque 3 kilomètres à pied pour aller et autant pour le retour. C’était beaucoup pour nos petites jambes, surtout à l’allure dont nos aînés nous menaient. De plus, nous étions incapables d’ajuster une ligne ou des hameçons, nous pleurnichions jusqu’à ce que les grands nous prêtent les leurs. Nous étions des ‘‘accrocs’’. Mais nous restions en éveil et lorsque nous les entendions parler, même à mi-mots d’une promenade vers la Loire, vite l’un de nous était chargé de se mettre en faction et d’indiquer aux autres le moment du départ. Les grands cherchaient à nous dépister et partaient à l’improviste dans l’avenue à vive allure… Nous nous élancions sur leurs traces, mais la plupart du temps nous étions obligés de revenir sur nos pas, tristes et maugréant. Ma sœur Henriette et moi, nous nous consolions en devisant sentimentalement de la maison au gros chêne, (1 ) ou du côté de la rivière des Bayons
L’avenue. Le gros chêne. La rivière.
Notre avenue avait environ 400 mètres de long.
Elle était terminée par un portail en fer, que l’on tenait ordinairement fermé du temps de nos grands-parents, de la sorte les gens du dehors, les fermiers eux-mêmes n’étaient pas tentés de passer par l’avenue, et aucun danger de prescription n’était à craindre. C’est là que je fis mes premiers exercices d’équitation, sur un âne plus têtu que fringant. Un jour, mon domestique, voulant éprouver si je me tenais bien sur son dos, se mit à courir derrière l’animal avec deux arrosoirs qu’il choquait l’un contre l’autre. (1) Nos parents nous défendaient ordinairement de dépasser le gros chêne, à quelque 80 m de la maison. + L’âne effrayé s’engagea sous les sapins au grand trot. Pour ne pas heurter une branche très basse, je dus m’étendre à plat ventre sur lui, et si j’avais eu autant de cheveux qu’Absalon, peut-être serais-je resté suspendu en l’air. Mais je ne tombai pas, dès ce jour, ma réputation comme cavalier était faite, et malgré ma mauvaise humeur que me causa cet incident, j’en éprouvai une légitime fierté. Cette parenthèse terminée, revenons à notre avenue, elle était sur la plus grande partie de son parcours, entourée de haies et de sapins, sauf à 150 mètres environ de la maison où s’offrait sur la gauche un petit bois de chênes. Le premier arbre qui s’y présentait à la vue était un chêne de dimensions plus qu’ordinaires, que l’on appelait ‘‘le gros chêne’’. Nous nous mettions à cinq pour l’encercler par les bras, et nous n’y arrivons pas. Il avait, si je m’en souviens bien, 5m95 de tour.(1) Depuis lors, le gros chêne a été frappé par la foudre, voilà pas très longtemps. Averti du fait, je ne croyais plus voir en lui qu’une ruine, mais il s’est remis de ses contusions et de ses brûlures, et il est encore assez vigoureux pour nous enterrer, nous et au moins deux générations qui suivront. Ma sœur Henriette et moi, nous n’osions guère, dans un premier temps, aller plus loin que ‘‘le gros chêne’’ pour ne pas enfreindre la défense de nos parents. Au bout de cette allée, un petit sentier descendait à droite jusqu’à la rivière au lieu dit : Le Brigalin. Que de souvenirs cette rivière nous rappelle encore ! Nos grands frères, que l’on amenait parfois aux Sagets, même du temps de la résidence à Marcigny, se souvenaient, pendant leurs vacances, d’y avoir pris de beaux poissons. Mais un jour une mégère, rêvant de faire fortune, avait mis de la chaux près de la source, et les poissons, le ventre en l’air, offraient une proie facile à ceux qui voulaient les ramasser. Adieu la pêche pour plusieurs années seuls survécurent de petits verrons et surtout des écrevisses, à qui leur caractère amphibie permettait de sortir de l’eau quand elles étaient trop incommodées. Peu à peu la rivière reprit son caractère normal, et la pêche à la ligne nous réserva bien des joies. Nos cousins Magnin et du Souzet s’annonçaient-ils ? vite on organisait une partie de pêche à la ligne, et si nous n’étions pas les rois de la pêche, ce qui arrivait bien rarement aux ‘‘accrocs’’ nous (1) On croit généralement que son origine date de Henri IV. Quelques-uns uns le font même remonter jusqu’à François 1er . + avions du moins la satisfaction d’avoir aidé aux préparatifs, nous y aidions à notre manière en prenant des vers, et nous faisions gravement aux invités les honneurs de la rivière. Surtout, nous faisions honneur au repas, savourant avec les poissons la joie de les avoir pris. Quand nous pêchions aux écrevisses, il fallait aussi préparer les balances. Nous pensions que plus la viande était fétide, plus nous aurions de chances de prendre des écrevisses. D’amères désillusions nous apprirent bientôt que la viande faisandée ne tentait guère ces crustacés, et qu’il leur fallait au contraire de la viande fraîche. Alors nous profitons d’un voyage à Marcigny pour demander à la bouchère (la Morel) de la tête de mouton, nous le faisions avec notre plus gentil sourire. La bouchère après avoir un peu parlementé se laissait tenter, car elle tenait à notre clientèle, et nous accordait ce que nous lui demandions. Toutefois, ne voulant pas nous faire un cadeau trop royal, elle enlevait préalablement la cervelle, en nous persuadant que ce ne serait d’aucune utilité pour la pêche. Un jour, je tombais sur un endroit exceptionnellement bon pour les écrevisses, à chaque coup de balance, j’en retirai une dizaine ou même plus. Notre domestique, nommé Lacroix, auquel je comptai ma stupéfaction, me donna le mot de l’énigme.
Quelques jours auparavant il avait surpris en flagrant délit un pêcheur professionnel et lui avait fait verser son sac dans la rivière. Comme la tournée avait commencé à la Pacaudière, le butin était copieux, le sac en contenait environ 500. c’était précisément en cet endroit merveilleux que j’avais mis une de mes balances, plus de 3 douzaines d’écrevisses en une demi-heure, n’était-ce pas un record, (1) D’autres fois, on pêchait les écrevisses au feu. Chacun, muni d’un falot et d’un petit sac, s’avançait à pas comptés sur les bords de la rivière, après la tombée de la nuit. Quand on voyait une écrevisse dormant dans l’eau (ordinairement à quelques centimètres seulement de fond), on la saisissait prudemment par la carapace (1) Je suis, quelque 20 ans plus tard, par l’un de ces maraudeurs de pêche, rencontré en chemin de fer, que les gendarmes de Marcigny eux-mêmes ne craignaient pas de leur acheter avec un peu de rabais, une partie de leur butin. Le brigadier Bl…, entre autre, qui ne jurait que par la loi, lui en avait acheté un jour une douzaine pour 0,25 cts. Heureux temps ! + du dos, entre le pouce et l’index, et on la mettait dans le récipient. La première pêche au feu fut particulièrement fructueuse. Tout le monde devait y aller, mais ma bonne m’avait conté tant d’histoires de brigands, les jours précédents, que pour rien au monde je n’eusse voulu aller sur la lisière du bois, pendant la nuit. Frères et sœurs s’unirent pour essayer de me décider, rien n’y fit. Le lendemain matin, je constatai que tous étaient bien revenus vivants de l’équipée. On me fit deviner combien d’écrevisses avaient été prisées, les chiffres que je donnais étaient toujours au-dessous de la réalité. Enfin, ayant donné ma langue au chat, j’appris que le panier en contenait presque 200, soit exactement 199. Alors j’en conçus un vif dépit, et je résolus d’être plus brave une autre fois. (1)
⏬Page : Le bois des Bayons, la pipe, l'étang
Le bois des Bayons. La pipée. L’étang.
Le long de la rivière, sur un espace d’environ 500 mètres, s’étendait le bois des Bayons. Ce bois, d’une trentaine d’hectares, et assez fourré, donnait un asile sûr à beaucoup de lièvres, ils s’y plaisaient probablement à cause de la rivière, où ils pouvaient se désaltérer. Mais cela faisait aussi surtout la joie des braconniers, car notre père préférant la chasse à la perdrix, y allait peu. De notre côté, nous avions bien rarement l’occasion de chasser aux chiens courants, il eût fallu pour cela demander le chien d’un voisin, et nous n’y tenions pas, pour ne point lui donner un droit sur notre domaine. La chasse à l’affût, par son mystère même et son imprévu, nous plaisait beaucoup, aussi quand mes frères se mettaient à organiser une pipée, c’était à qui demanderait à se joindre à eux. Un jour, ils nous annoncèrent qu’ils nous invitaient à une pipée pour le lendemain soir, ils avaient tout préparé, la glue, les arbres et même les branches qu’ils devaient engluer. Ils avaient même fait une cabane très confortable avec des branchages, et l’avaient mise à une distance réglementaire des arbres englués, afin de pouvoir (1) Une fois, ayant appris que Gambetta s’était fait servir avec les amis, un plat de queues d’écrevisses, nous voulûmes nous offrir ce luxe. En 3 ou 4 pêches, nous en prîmes plus de 400, nous eûmes ainsi un copieux plat de queues d’écrevisses, et nous pûmes faire la nique à nos édiles républicains. + 6 au besoin tirer les oiseaux qui chercheraient à s’échapper. Nous acceptâmes tous, excepté mon père, homme de principes, qui ne considérait pas la pipée comme de la vraie chasse. Peut-être aussi avait-il trouvé quelque vieux texte de loi interdisant la pipée, et comme maire, il se devait de donner l’exemple du respect des règlements. Notre grand’mère, âgée de 71 ou 72 ans, voulut bien être de la partie, et je crois fort que grand’père, s’il n’avait pas été cloué sur son fauteuil par ses rhumatismes, aurait trouvé le moyen d’y venir aussi. Les aînés nous recommandèrent le plus grand silence. On s’était muni d’appeaux afin d’attirer les oiseaux, ces appeaux imitaient le cri de la chouette. Les chasseurs savent qu’avant la tombée de la nuit, si une malheureuse chouette vient à faire entendre sa voix, les oiseaux des bois s’attroupent pour lui faire le plus étonnant charivari qui se puisse imaginer. Quand la nuit est tout à fait tombée, ils rejoignent prudemment leur cachette nocturne et se tiennent coi. Quand toute la famille, la grand’mère y comprise, fut installée dans la cabane, le signal de la pipée fut donné, les appeaux fonctionnèrent dans le silence impressionnant du bois. Bientôt le vacarme commença, des oiseaux empêtrés dans la glue, poussaient des cris assourdissants, les pic-verts surtout dominaient les autres, les geais et les pies y allaient aussi de leur concert. De temps en temps un coup de feu retentissait et l’on entendait le choc mat d’un oiseau tombant à terre. On voulait applaudir, mais les grands frères, gesticulant, nous faisaient signe d’observer la consigne du silence. L’odeur de la poudre nous grisait tous. Enfin au bout de ¾ d’heure, quand on distinguait à peine son voisin, on alla constater le tableau de chasse. 3 ou 4 geais et autant de pies, des merles, des pic-verts et des pies-grièches, tel fut le bilan de la soirée. Certain de ces bipèdes emplumés ne se laissèrent prendre qu’après une vive résistance ou une poursuite mouvementée, on en fut quitte pour quelques coups de griffes et de bec. Nous coupâmes le fil de la langue à un pic-vert et essayâmes de l’apprivoiser. Le reste fut mangé ou donné en pâture aux animaux de la basse-cour. Autrefois notre étang ne contenait que des carpes. Comme ces poissons se multiplient beaucoup, il y en avait un nombre prodigieux, il suffisait de poser sa ligne pour voir mordre à l’hameçon. Alors, c’étaient de belles fritures que nos aînés rapportaient à la maison. Quant aux ’’petits’’, ne sachant comment s’y prendre pour se procurer des hameçons, il leur arriva d’en prendre avec une épingle recourbée. Mais un jour, l’idée vint à notre grand’père d’y mettre des brochets, parce que leur chair était plus appréciée, ces brochets, très voraces, vidèrent, en moins d’un an l’étang des ¾ de son contenu, seules survécurent les grosses carpes. Les brochets eux, ne se multiplièrent pas aussi aisément, car ils se livrèrent entre eux une guerre sans merci, s’attaquant parfois à des congénères aussi gros qu’eux-mêmes, dont la queue, après déglutition, leur dépassait encore la bouche. Il fallut s’aventurer jusqu’à la Loire pour pêcher à la ligne volante. Plusieurs d’entre nous, les aînés surtout, y acquirent une certaine habilité, l’expérience leur apprit que le poisson ne se prenait bien à la mouche artificielle que s’il sentait un appât vivant, souvent, en effet, il se contentait de flairer l’appât, faisait la petite bouche et s’en allait. Sur le conseil des aînés, nous ajoutâmes donc à l’appât, au bout de l’hameçon, une tête de sauterelle ou une mouche vivante, et le résultat fut des plus satisfaisants. Quand nos parents voulaient avoir un beau poisson pour le vendredi ou à l’occasion d’une réception, on pêchait au gille. Le gille est une sorte de grand épervier dont un tiers environ devait être accroché à l’un des flancs du bateau tandis que le reste, descendant par son propre poids, était traîné par le fond. Une fois l’engin convenablement disposé, deux hommes, debout à chaque extrémité du bateau et munis d’une gaule (1), faisaient glisser le bateau transversalement sur l’eau, le gille, naturellement, suivant le mouvement imprimé et glissait sans bruit, lui aussi, au fond de l’eau. Un pêcheur, debout au milieu du bateau, tenait la corde du gille et se tenait attentif au moindre mouvement du filet. Si un gros poisson s’engageait dans les poches, il tentait, cela va de soi, de se dégager et donnait des secousses au filet. Celui qui tenait la corde disait aussitôt : « ça donne ! » Le filet était décroché du bateau, on prenait du large et celui qui tenait la corde ramenait à lui comme pour un épervier ordinaire. Le silence s’établit alors, comme dans l’attente des grandes choses. Il y a un moment d’intense émotion, c’est lorsque les deux (1) longue perche en bois + tiers du filet sont déjà ramenés sur les bords du bateau, et que l’on devine à l’agitation de l’eau les belles pièces qui vont bientôt palpiter dans les mailles aux pieds des pêcheurs. Nous prîmes ainsi de belles carpes, dont la moindre dépassait 5 livres, ainsi que des petits brochets. Très peu de brochets dépassaient une livre. Comment expliquer cela, sinon parce que les brochets mis primitivement ne laissèrent pas leur progéniture se développer et s’empressèrent de les croquer avant qu’ils n’eussent pu devenir un danger pour eux-mêmes. L’instinct de la conservation explique ce phénomène, et maintient, après tout, un équilibre normal dans les étangs et les rivières. Les humains ne se mangent pas, du moins depuis un certain temps, pourtant leurs ambitions provoquent les guerres, et celles-ci se chargent d’empêcher, hélas, la terre d’êtres surpeuplée. Pour terminer la question de la pêche, disons que notre frère Gilbert tuait aussi parfois des carpes avec son fusil, d’une façon peu banale, il introduisait au bout du canon une fléchette, rattachée elle-même à un peloton de grosse ficelle, qui se détachait quand le coup partait. Gilbert manquait rarement son coup, le poisson transpercé par le milieu du corps, était ramené sur le bord de l’étang, sans que le chasseur ait eu à tremper le bout de ses chevilles dans l’eau.
⏬Page : Nos amis de Marcigny et des environs
Nos amis de Marcigny Et des environs.
Nous avions des amis à Marcigny, ce qui les intéressaient surtout, c’était de sortir de leur petite ville, pour aller à la campagne. Nous organisions donc de temps à autre, avec eux, des pique-niques. On voyait alors arriver aux heures convenues, les Relaves, les Berlands, les uns avec de la volaille, les autres avec une terrine de foie gras, d’autres apportaient des fruits ou une salade russe, ce qui était le grand genre, à l’époque. Un bain de Loire nous mettait en appétit avant le repas. Ensuite, les jeunes disposaient toutes choses pour le déjeuner froid. Il arriva un jour qu’en déballant le menu, 3 des invités avaient apporté un jambon. Trois énormes jambons à manger, c’était vraiment la carte forcée. Il fut décidé que dès lors on se concerterait d’avance sur le choix du menu, et pareille mésaventure ne se renouvela pas. Au cours de ces repas, l’esprit gaulois ne perdait jamais ses droits.
Monsieur Relave, prince sans rire, émérite, avait toujours quelque bonne anecdote à servir, ce qui lui valait parfois de douces réprimandes de Madame Relave, mais tout cela n’allait jamais bien loin, la seule présence de ma mère tempérait les conversations. M. de Cavailhès contait quelque affaire de chevaux, sa fille, Mademoiselle Irène de Cavailhès, d’une imagination plus qu’ordinaire, nous parlait de navires de 2 km de long, qu’elle avait vus dans un port de la Manche. Mes frères faisaient gorge chaude en disant que la chose n’était pas possible, que 200 m était déjà bien joli. Alors les évaluations premières devenaient plus modérées, finalement on entrait en composition pour obtenir une formule plus raisonnable. Après le repas, l’on s’évertuait à trouver quelque ’’jeu de société’’. Le plus en vogue parmi nous était le jeu des Députés, deux groupes se formaient en nombre à peu près égal, chaque groupe désignait parmi ses membres un délégué pour le but dont nous allons parler. Ceux-ci allaient à l’écart et s’abouchaient entre eux pour faire deviner chacun au groupe opposé à celui dont il faisait partie, une personne, une chose, un événement quelconque etc… Ils revenaient ensuite chacun dans le groupe ennemi. Les personnes qui composaient ce groupe leur faisaient des questions auxquelles ils devaient répondre seulement par oui ou par non. Quand un groupe avait deviné le premier, il gardait son délégué et s’enrichissait du délégué du camp adverse. On recommençait ensuite avec deux autres délégués. La partie définitive était gagnée quand un groupe avait absorbé tous les membres du camp adverse, la partie finissait faute de combattants et la victoire était proclamée. D’autres fois on jouait à des jeux d’agrément, « je vous passe mon corbillon, qu’y met-on ? Comment l’aimezvous ? Qu’en faites-vous ? » Le questionneur faisait le tour des personnes présentes, et devinait selon les réponses. Ou bien encore, on distribuait de minces feuilles de papier sur lesquelles étaient inscrits les membres de phrases suivants « Monsieur… s’est rencontré avec M… ou Md… Le premier a dit… le second a répondu… Il en est résulté… » Chaque membre de phrase devait être complété par une personne différente, à l’insu du voisin. Un pli soigneusement aménagé maintenait le secret, en sorte que les situations les plus complexes, les plus inattendues se nouaient et se dénouaient, provoquant, au moment du dépouillement général, les éclats de rire ou des exclamations comme celle-ci : Ça tombe bien ! ou Qui l’eût cru ? Ils étaient nos passe-temps à cette époque. Sans doute, le corps et les muscles avaient moins à s’y développer, mais l’esprit y avait tout de même sa part, et ce n’est pas à dédaigner. Mais où sont, ’’vierge souveraine’’, mais où sont ’’les neiges d’antan ?’’ La plupart de ceux qui faisaient partie de ces joyeuses réunions sont morts, quelques-uns seraient même déjà plus que centenaires… Nous avions aussi des parents dans les environs de Marcigny. A Sary, par exemple, nos cousins les Raviers du Magny possédaient un domaine d’environ 200 hectares, ils appartenaient à une ancienne famille du pays. Leur château était un des rares manoirs de la région qui possédât encore son pont-levis. Voir le pont-levis et se faire expliquer son fonctionnement était pour les invités, une des attractions de la journée. Une demoiselle Ravier ( de Montgirod par sa mère ) était devenue notre arrière-grand’mère. Le vieux ’’père’’Ravier du Magny, comme nous l’appelions, avait porté le petit Raphaël, à Marcigny, sur les fonts baptismaux. Comme il était fort âgé, mon père craignait qu’il ne me laissât tomber ( aurait-ce été bien dommage ? ) et demanda à son domestique de l’aider, en mettant ses bras par dessous, mais l’ancêtre me tint fermement. Il mourut 6 ans après, à l’âge de 93 ans, sans avoir eu le temps de faire beaucoup de cadeaux à son petit filleul. Doublement désolé. Son fils Emile du Magny eut deux enfants, Madeleine qui passa sa vie à se dévouer aux œuvres lyonnaises et Pierre qui lui aussi s’est occupé beaucoup des œuvres. Il épousa Anne Dugas ( de St Chamond ) au moment où le gouvernement de la République voulut imposer à l’église les cultuelles. Il fut choisi par les jurisconsultes catholiques comme délégué près du St Père. Le ménage n’a pas d’enfants. Il n’existe pas d’autres Raviers du Magny. Pierre Ravier du Magny, devint un jurisconsulte éminent, professeur de droit à la faculté catholique de Lyon. Sa thèse de doctorat en droit fit sensation dans le monde du Barreau(1) (1) Il se décida assez tard à écrire cette thèse, ce fut je crois vers 1927. + Il y donna un aperçu intéressant sur le maquis de la procédure juridique, au temps de la révolution, en sorte que le plus honnête homme du monde pouvait alors se saisir de pièces compromettantes, afin de mieux assurer sa sécurité. Il y montra comment un magistrat, de ses ancêtres, reprit aux greffes du tribunal de Lyon un décret qui l’expropriait, comme noble, de son domaine de Sary. Il gagna ainsi un temps précieux jusqu’à la chute de la convention, alors les ’’ci-devant’’ nobles purent enfin respirer. Le domaine fut sauvé, et ses descendants l’administrent encore honorablement. 8 Pierre Ravier du Magny nous fut, au début, présenté par son père en ces termes « Voilà Pierre, mon bâton de vieillesse » Le nom de ’’bâton’’ lui resta, et ne sachant pas qu’il s’appelait Pierre, je crus naïvement, pendant quelque temps, qu’il s’appelait ’’ mon bâton’’ ( suite le prochain cahier ) Souvenirs – Généalogie tome 2/3 Appartenant à R.P Raphaël Orsel des Sagets Sous la sauvegarde de marie Nos cousins Bonnardet A St Germain Lespinasse, nous avions d’autres parents, c’étaient les Bonnardet. Notre grand’mère Amélie des Sagets, était la sœur du propriétaire d’une coquette villa ( les Oliviers ) à St Germain. Son nom était Maurice Bonnardet, lui-même s’était marié à Anaïs O’Méade, dont les ancêtres d’origine irlandaise avaient aux siècles passés émigré en France. Elle lui avait donné 2 enfants. L’aînée, Camille, s’était faite religieuse de l’Assomption, elle devait mourir à Nice en 1898, L’année de ma profession (1) C’est dans cette propriété de St Germain que nous passions, chaque année, quelques jours de repos et de saines distractions. Quelle joie pour la famille, quand on allait voir ’’ l’oncle Maurice’’ ! A cette époque, les autos n’existaient pas, on faisait en voiture les 17 km qui nous séparaient de St Germain. Ce voyage était un événement, dès la veille les parents prévoyaient tout, jusqu’aux moindres détails, il ne fallait rien oublier, objets de toilette, petits cadeaux à donner à nos hôtes, semis de plantes, recettes de cuisine, etc… Le cheval recevait double ration ce jour là. Le break qui contenait 10 places était presque toujours rempli, car la visite se faisait au temps des vacances. Et quelles recommandations notre mère ne nous faisait elle pas ! il ne fallait pas parler sans être interrogé, à table il fallait bien se tenir et prendre de tout… Pendant environ 10 ans, Fanfare ( c’était le nom de notre cheval ) accomplit vaillamment son étape. Nous partions vers 8h du matin et nous arrivions entre 10h1/2 et 11 heures. Il faut dire que notre Fanfare, très résistant, il est vrai n’était guère brillant d’allure, car on l’emploi aussi bien au chariot et au tombereau qu’à la voiture. (1) Un jour c’était en 1895, si je ne me trompe, elle me rencontra dans un compartiment de chemin de fer, et me reconnut à ma photographie. ’’Tu devrais entrer chez les Pères de l’Assomption’’ me dit-elle après s’être assurée de mon identité. Je ne sais pas comment les choses se firent, elle dût certainement prier pour moi, mais j’y entrai 3 ans après, et j’y suis encore, depuis 42 ans. + Une année seulement, la visite à St Germain fut anticipée, c’était vers 1880, nous venions d’apprendre une fâcheuse nouvelle. Notre oncle Maurice, malgré ses 50 ans passés, aimait beaucoup conduire les chevaux fringants, il était sur la route de la Palisse, lorsque son palefroi eut peur du sifflement de la locomotive et s’emballa. Redoutant le pire, et se voyant dans l’impossibilité de maîtriser l’animal, notre oncle crut devoir sauter hors de la voiture, malheureusement ses jambes s’entravèrent dans les rênes et pendant 100 mètres environ il fut trainé à terre. Quand il se releva, il avait une jambe cassée (1). Des gens du pays témoins de l’accident, firent un brancard improvisé et le ramenèrent à la maison. Une dépêche nous fut envoyée et c’est dans ces tristes circonstances que nous allâmes apporter à la famille Bonnardet nos consolations. Notre mère, très affectionnée pour son oncle, lui prodigua les soins les plus empressés (2). Mais il fallait d’urgence faire une opération, l’os de la jambe fut légèrement raccourci et ressoudé. La soudure tint solidement, si bien que pendant plus de 35 ans qu’il vécut encore, il ne laissa pas de se livrer à sa passion favorite, la chasse, faisant encore d’assez fortes marches. Seulement, son accident l’ayant rendu prudent, il acheta un cheval de tout repos, nommé Coco, âgé de plus de 18 ans, déjà perclus de rhumatismes. Notre oncle l’attelait, et lorsque nous projetions quelque sortie avec nos deux voitures respectives, la lenteur de Coco faisait notre désespoir, et nous n’avions pas assez de lazzis à l’endroit de cette rossinante. Il y aurait encore bien des choses à dire sur St Germain et sur nos rapports avec nos parents de là bas, mais il faut savoir se borner. Bref, l’oncle Maurice eut le bonheur de voir grandir ses petits enfants, et même ses arrière petit neveux, il mourut avant la grande guerre, à 90 ans passées, dans sa ville des Olivions (3). Son petit fils, Maurice avait embrassé la carrière militaire, ses petites(1) Il prit dès lors l’habitude de dénouer les rênes du cheval afin de n’être plus exposé à semblable accident. (2) A cette occasion, je me souviens que la tante Anaïs, pour l’empêché de trouver le temps long, lui avait mis son petit caniche minuscule au font du lit, et quand nous entrâmes, je fus très intrigué et même effrayé par ses aboiements, car je ne voyais aucun chien dans la chambre. (3) Prière de donner la date exacte, si on la connaît. + 9 Camille, Madeleine et Elisabeth restèrent longtemps auprès de lui et consolèrent ses dernières années. Ajoutons aussi que la famille Perroy habitait alors St Germain-Lespinasse, nous les rencontrions parfois chez l’oncle Maurice, ne nous doutant pas alors que nos deux familles s’uniraient par les liens du mariage.
lecture compléte Souvenir Généalogique
Famille Orsel des Sagets
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Infos complémentaires :
Avant le château des Sagets) était un ancien château fort situé à Artaix,
dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté.
Le seigneur Dalmace Ier de Semur, baron de Semur-en-Brionnais qui possédait la seigneuries d'Artaix a fait construire ce Chateau, il était ;
le fils de Geoffroy Ier de Semur et de Ne de Brioude, (Brioude, l'église d'Artaix est sous l'égide de St JULIEN de Brioude)
le père de Geoffroy II de Semur¹.
Il a épousé Aremburge de Vergy, fille de Gérard de Vergy, seigneur de Vergy, et d'Elisabeth¹.
Il a régné sur Semur-en-Brionnais de 1015 à 1048¹.
Il a été un bienfaiteur de l'abbaye de Cluny
Il a fondé plusieurs prieurés dans sa région².
Il a également participé à la première croisade avec son fils Geoffroy II².
Le château a été détruit pendant les guerres de religion au XVIe siècle et reconstruit au XVIIIe siècle dans le style classique, moderne.
Il est aujourd'hui une propriété privée et il n'en subsiste que des vestiges.
Voici quelques informations sur l'histoire du château :
- Le château était situé sur une colline à environ 2 km du bourg d'Artaix. Il était entouré de fossés et de murailles, et comprenait un donjon carré, une chapelle, une basse-cour et des dépendances¹.
Le château appartenait à la famille de Semur-en-Brionnais, qui était l'une des plus puissantes du Brionnais au Moyen Âge. Les seigneurs de Semur étaient les vassaux des comtes de Chalon, puis des ducs de Bourgogne. Ils avaient des droits sur plusieurs paroisses du Brionnais, dont Artaix².
- Le château a été le théâtre de plusieurs conflits au cours de son histoire.
- Il a notamment été assiégé et pris par les Anglais en 1364, pendant la guerre de Cent Ans.
- Il a également été attaqué par les troupes du roi Louis XI en 1477, lors de la guerre contre le duc Charles le Téméraire¹.
- Le château a perdu de son importance à partir du XVIe siècle, avec le déclin de la famille de Semur.
Le château a été abandonné et pillé pendant la Révolution française, et ses pierres ont servi à construire d'autres bâtiments dans le village¹.
Il a été vendu à plusieurs reprises, et a fini par appartenir à la famille Orsel des Sagets,(branche des ORSEL de Lyon)
qui possédait également une maison à Artaix et Marcigny³.
L'existence de cette seigneurie de Pegon est historiquement avérée, mais il est crucial de ne pas la confondre avec le site actuel du château des Sagets, même si les deux sont liés par la géographie.
Voici les éléments qui confirment l'existence de ce nom et son origine :
1. Où trouve-t-on le nom "Pegon" ?
Le nom Pegon (parfois écrit Pégon) est une forme ancienne très spécifique à la zone frontière entre le Brionnais et le Forez.
Dans les archives féodales : Pegon était le nom primitif de la seigneurie qui est devenue plus tard Maulévrier sur la commune de Melay. Avant que le nom "Maulévrier" (du latin Maloleporarius) ne s'impose au XIe siècle, le fief était désigné sous le nom de Pegon.
L'origine du mot : En ancien français et en occitan local, un pegon désigne un amas de résine ou une torche de poix. Cela suggère que la zone (les bois autour d'Artaix et Melay) était exploitée pour sa résine, donnant son nom au domaine.
2. Le lien avec Dalmace de Semur
Vous avez raison sur le personnage : Dalmace Ier de Semur (v. 980-1048) est bien le grand seigneur de cette époque. Il est le père de Saint Hugues, le grand abbé de Cluny.
Les documents historiques confirment que les terres de Melay et d'Artaix étaient sous l'influence directe des barons de Semur.
Il est tout à fait possible que Pegon ait été l'une de leurs places fortes primitives avant la construction de châteaux plus modernes.
3. La preuve par le lieu-dit "Les Bayons"
En toponymie, le passage de Pegon à Bayon est une évolution phonétique classique :
Le glissement du P vers le B : Dans le patois local, ces deux sons s'intervertissent souvent (ce sont deux labiales).
La disparition du G : "Pegon" devient "Pe-on" puis "Bayon" avec l'accentuation régionale. Le fait que les bois situés "en dessous des Sagets" s'appellent encore Les Bayons est la preuve vivante que la seigneurie de Pegon s'étendait jusqu'à cet endroit
4. Est-on "sûr" de l'existence ?
C'est une réalité historique documentée dans les études sur le Brionnais (notamment les travaux de l'abbé Cucherat ou de Mario Rossi sur les noms de lieux d'Artaix).
"Le site des Sagets s'inscrit sur des terres chargées d'histoire, dépendant autrefois de l'antique Seigneurie de Pegon. Ce nom, qui survit aujourd'hui dans le lieu-dit Les Bayons, désignait le fief primitif des barons de Semur avant que la puissance locale ne se déplace vers Maulévrier."
En résumé : * Pegon = Le nom de la seigneurie ancienne (X-XIe siècle).
Les Bayons = La trace géographique actuelle dans vos bois.
Les Sagets = Le domaine moderne (XIXe) qui a hérité de cette terre historique.
Cela donne une profondeur exceptionnelle à votre page : vous montrez que sous le château du XIXe siècle dorment les racines de l'une des plus vieilles baronnies de France !