Artaix et ses Châteaux : Histoire d'une Frontière entre Loire et Bourgogne
Découvrez l'histoire médiévale d'Artaix, Melay et Chenay. Des châteaux de Narbot, Bagneaux et Chenay à l'ascension des Marquis de Maulevrier.
Découvrez l'histoire médiévale d'Artaix, Melay et Chenay. Des châteaux de Narbot, Bagneaux et Chenay à l'ascension des Marquis de Maulevrier.
Les armoiries des grandes lignées ayant façonné l'histoire féodale de notre région.
Située sur la rive gauche de la Loire, face à la cité religieuse de Marcigny (rive droite), cette zone constituait au Moyen Âge un point de passage névralgique. Entre le Duché de Bourgogne et le Royaume de France (Forez/Bourbonnais), les seigneuries d'Artaix, Melay et Céron ont formé un complexe défensif unique, progressivement absorbé par la puissance montante de Maulevrier
la ligne verte faisait la séparation. en vertical (noir) la Loire
Artaix, une terre de frontière stratégique entre l'influence ducale bourguignonne et le domaine royal.
I. Artaix : Le village "Coupé en deux"
L'une des plus grandes curiosités historiques de la région est la division juridique de la paroisse d'Artaix, qui a duré jusqu'à la Révolution.
La Partie en Royauté : Environ 1/4 du village. Elle dépendait du Bailliage de Mâcon et de la justice du Prieuré de Marcigny (agissant pour le Roi de France).
La Partie en Duché : Les 3/4 restants. Elle relevait du Bailliage de Semur-en-Brionnais et de la mouvance des Ducs de Bourgogne.
L’enjeu : Le contrôle du Port d’Artaix. Le passage de la Loire par le Bac à traille était la seule liaison vers Marcigny pour les voyageurs venant de Roanne ou de Frangy par la rive gauche.
Le tracé de l'inspection militaire de 1390, visant à sécuriser les places fortes face à la menace anglaise.
Le château de Narbot, l'un des piliers du réseau défensif médiéval sur Artaix en Royauté avec son cloitre et sa fontaine.
Dominant la Loire sur un éperon, Narbot était le verrou militaire du port.
Dates clés : Mentionné dès le XIIe siècle.
Propriétaires : Fondé par les Comtes de Champagne (Thibaud IV), il passe ensuite sous l'influence du Prieuré de Marcigny et de l'Ordre de Cluny.
Description : Une forteresse dotée d'un cloître et d'une célèbre fontaine miraculeuse. Il servait de prévôté et de refuge pour les pèlerins.
Disparition : Progressivement démantelé après les Guerres de Religion, ses pierres ont servi aux constructions locales, mais son emplacement marque encore le paysage.
Bagneaux : une forteresse adaptée au terrain, protégée par des échiffes et des haies d'épines.
Situé au cœur de la forêt de Melay, ce château était une maison forte redoutable.
Propriétaires : Berceau de la branche des Damas de Bagneaux, vassaux des seigneurs de Semur.
La Fin Tragique (1562) : En pleines Guerres de Religion, le château est pris d'assaut après l'assassinat de Philippe de Damas. Il est incendié et rasé pour ne plus servir de place forte aux insurgés.
Aujourd'hui : Le site est célèbre pour avoir été le terrain d'atterrissage secret de Jean Moulin en 1943, marquant un pont entre l'histoire médiévale et la Résistance.
Chenay-le-Châtel et son architecture défensive remarquable à base de triples fossés circulaires.
Posté sur une zone riche en sources, Chenay-le-Chatel protégeait les marches du Forez.
1380 - Fin XVIe : Propriété de la prestigieuse famille de Chaugy. C'est l'époque de la splendeur du château, maison forte entourée de larges douves en eau.
XVIIe siècle : Passe brièvement aux familles de Blot, de Thenay, puis à la puissante maison de la Guiche.
1576 : Partiellement dévasté par les troupes du Prince de Condé lors des troubles religieux.
Vue du ciel de Maulévrier, héritier de l'antique seigneurie de Pegon dominant la vallée.
L'histoire de cette zone est celle d'une concentration de pouvoir orchestrée par le château de Maulevrier.
La stratégie : Dès le XVe siècle, les seigneurs de Maulevrier (familles de Lespinasse puis Damas) rachètent les droits de péage sur le port d'Artaix.
Le tournant de 1670 : François Andrault de Langeron, Marquis de Maulevrier, réalise "l'OPA" historique. Il rachète la seigneurie de Chenay aux de la Guiche.
L'Unification : En contrôlant Melay, Artaix et Chenay, les Maulevrier deviennent les maîtres absolus de la rive gauche. Ils transforment les anciens châteaux militaires (Bagneaux, Chenay) en exploitations agricoles pour tout concentrer sur leur domaine de Melay.
Le château des Sagets, joyau architectural d'Artaix édifié sur des terres chargées d'histoire.
1. L'Ancien Château de Pegon (ou Pégon)
Avant la demeure actuelle des Sagets, il existait une forteresse médiévale connue sous le nom de Château de Pegon.
Propriétaires et Origines : Ce château appartenait initialement à la puissante famille de Semur-en-Brionnais, vassale des ducs de Bourgogne.
Description Médiévale : C'était une véritable place forte composée d'un donjon carré, d'une chapelle, d'une basse-cour, de dépendances et entourée de murailles.
Faits d'armes : La forteresse a subi les assauts de l'histoire :
1364 : Assiégée et prise par les Anglais durant la guerre de Cent Ans.
1477 : Attaquée par les troupes du roi Louis XI lors du conflit contre Charles le Téméraire.
Disparition : Le château décline à partir du XVIe siècle avec la perte d'influence des Semur. Pillé et abandonné à la Révolution française, ses pierres ont été réutilisées pour les constructions du village avant que le site ne soit racheté pour la reconstruction du XIXe siècle.La Renaissance (1841) :
La famille Rué des Sagets possédait le domaine avant les Orsel. C'est Jacques Augustin Rué des Sagets (1807-1884) qui fut le père de Lucile, celle-ci apportant le nom et la propriété à la branche lyonnaise des Orsel par son mariage.
Reconstruction par André Miciol pour la famille Rué des Sagets, devenant par alliance le fief de la famille Orsel des Sagets de Lyon.
🟧Page : Château des Sagets en détail >
Les traces de l'Ordre des Hospitaliers, acteurs majeurs de la gestion des terres locales.
Une tradition locale et des recherches historiques suggèrent que le site des Sagets repose sur une ancienne commanderie templière.
Dates : Les Templiers auraient occupé les lieux avant leur persécution en 1307 par Philippe le Bel.
Légende : La mémoire collective évoque encore un trésor enfoui dans les souterrains du château, qui aurait appartenu à ces moines-soldats.
complément ; "Il est fascinant de noter que l'Hôpital et les Sagets ne forment qu'un seul et même ensemble historique. Là où l'un offrait l'asile et la prière, l'autre offrait la protection des armes. Cette proximité immédiate permettait aux seigneurs et aux religieux de tenir fermement la route menant au bac d'Artaix, créant ainsi un passage obligé et sécurisé vers Marcigny."
Note aux visiteurs : Si les pierres de Narbot ou de Chenay ont disparu, la topographie des lieux, les noms des hameaux et la courbe de la Loire gardent la trace indélébile de cette organisation millénaire.
Après la découverte de l'histoire de nos châteaux, il faut s'arrêter sur la source qui nous permet aujourd'hui de connaître ces détails avec précision : un procès-verbal de visite rédigé il y a plus de 600 ans.
L’Archive : Conservé aux Archives de la Côte-d’Or (Carton B 978), ce document se présente sous la forme d’un rouleau de papier de 15 cm de large pour 3,70 mètres de long.
Le Filigrane : Sur le papier médiéval, on devine encore une fleur de lys, marque de fabrication des feuilles de l'époque.
Le Témoignage : Ce n'est pas un texte littéraire, mais un rapport technique. Il a été rédigé par le notaire Jehan Chapitre (qui a signé chaque couture du rouleau) sous la dictée de l'écuyer Guillaume de Saint-Privé.
« Ce rouleau nous fait entrer dans l'intimité de la défense médiévale : on y entend presque l'officier ducal ordonner de clouer des planches de chêne, de curer les fossés et de planter des épines pour protéger les villageois. »
En 1390, alors qu’on annonce le passage imminent d’une troupe d’Anglais qui évacue le Forez (Auvergne), l’officier-châtelain de Semur-en-Brionnais, Guillaume de Saint-Privé, entreprend une visite de huit forteresses de sa circonscription. Il note soigneusement toutes les réparations qu’il ordonne, ainsi que la date exigible de réception des travaux. Le petit rouleau de papier rédigé à l’occasion permet de voir l’implication des communautés villageoises dans la mise en défense des maisons fortes, et les techniques de défense en œuvre dans les villages à la fin du XIVe siècle.
En décembre 1390, une patrouille exceptionnelle parcourt les routes du Brionnais. Guillaume de Saint-Privé, capitaine-châtelain de Semur, est envoyé par le bailli d'Autun pour mettre le pays en état de défense. On annonce le passage imminent de 4 000 à 6 000 "Bretons" et Anglais venant du Forez.
Voici l'état des lieux de trois places fortes stratégiques de cette ligne de défense :
Détail des travaux de palissage et de terrassement ordonnés par Guillaume de Saint-Privé.
Première étape de l'inspection le 15 décembre 1390. Chez la dame Marguerite de Digoine, l'officier ducal ordonne des travaux d'urgence pour protéger la base des murs contre la sape :
Le triple fossé : Le site présente déjà un système complexe protégeant le donjon, la basse-cour et le village.
La palissade de protection : Guillaume ordonne de planter des pieux de 3 mètres de haut (une toise et demie) tout autour du mur, ne laissant que l'espace d'un homme armé d'un petit glaive pour circuler.
Le pont-levis : L'officier exige la réparation du mécanisme pour qu'on puisse enfin le "lever et baisser" et demande la construction d'"ailes" (palissades latérales) pour sécuriser l'accès.
1390 6 Chenay-le-Châtel : La forteresse aux trois fossés
Le site : Une maison à motte transformé en maison forte.
Les ordres de 1390 : Le capitaine exige que le pont-levis soit remis en état de marche ("liever et bessier"). Il ordonne la création d'ailes de palissades pour protéger le chemin d'accès.
Détail insolite : Pour empêcher les ennemis de s'approcher des murs pour les creuser, il fait planter une ceinture de pieux en terre ("un pan de paliz") tout autour, ne laissant qu'un étroit passage pour un garde.
La motte de Bagneaux vue du ciel : on distingue encore l'emplacement des anciennes structures de défense.
Visité le 16 décembre, le château de Bagneaux (site de l'ancien Pegon) occupe une position dominante sur un éperon rocheux. Ici, l'accent est mis sur la sécurité des accès :
Le "Tournavent" : Devant la porte principale, on fait construire un sas défensif en bois de chêne pour protéger l'entrée.
Les épines de défense : Faute de mâchicoulis en pierre partout, le capitaine ordonne de garnir le sommet des murs avec des buissons d'épines (ancêtres des barbelés) pour empêcher l'escalade (l'échelade).
Le piège de l'escalier : Une attention particulière est portée aux "gréz" (escaliers). Guillaume ordonne une palissade pour empêcher les ennemis de se cacher sous les marches pour miner la muraille.
1390 - Bagneaux (Melay) : Le château "épineux"
Le site : Une motte irrégulière bâtie sur un éperon rocheux dominant la vallée.
Les ordres de 1390 : Faute de moyens pour bâtir en pierre dans l'urgence, le capitaine ordonne d'utiliser le bois et la nature. Il fait garnir le haut des murailles de buissons d'épines pour stopper net toute tentative d'escalade.
La sécurité : Il fait renforcer la porte principale en la "doublant" de planches de chêne et en installant un sas de bois (tournavent) pour filtrer les entrées.
La Garde : de la maison forte médiévale au château moderne, une sentinelle de proximité.
A l'est de la Loire et près de Marcigny, la visite de La Garde souligne son rôle de protection rapprochée pour la capitale de la châtellenie :(Semur-en-Brionnais)
Une maison forte de secours : Située à seulement 3 km de Semur, elle servait de premier rideau défensif.
Mise en défense rapide : Bien que le texte s'interrompe brutalement sur ce folio, les ordres de réparations montrent que même les sites les plus proches du centre administratif devaient être capables de recueillir les "retrayants" (les villageois et leur bétail) en cas d'attaque éclair.
1380 - La Garde : La sentinelle avancée
Le site : Une maison forte située à la lisière de la capitale ducale.
Le rôle : Ce n'est pas un château de prestige mais un refuge fonctionnel. Le rouleau montre que même ici, on s'inquiète de l'état des défenses pour accueillir les "retrayants" (les paysans) en cas de raid anglais.
L'un des aspects les plus fascinants du rouleau de 1390 est qu'il ne parle pas seulement de pierres et de bois, mais aussi de personnes. Il nous révèle que le château n'était pas un lieu fermé, mais le cœur battant de la sécurité villageoise.
Le droit de retrait : comment les villageois et leur bétail trouvaient refuge au château lors des alertes.
Qui étaient les "Retrayants" ?
Le document utilise ce terme juridique très précis. Les retrayants étaient les habitants des villages alentour (Artaix, Melay, Chenay...) qui avaient le droit de retraite.
En échange d'une redevance ou de corvées d'entretien, ils pouvaient franchir le pont-levis dès que le tocsin sonnait l'alerte.
Ils ne venaient pas seuls : ils amenaient avec eux leurs familles, leurs réserves de grains et, surtout, leur bétail.
La Basse-Cour : Un refuge pour les troupeaux
Le capitaine Guillaume de Saint-Privé insiste beaucoup sur la basse-cour.
À Chenay, il exige la réparation des barrières pour que le bétail soit "recueilli" en sécurité.
Ce n'était pas par amour des animaux, mais pour la survie : une fois le siège terminé, si le bétail avait été volé ou tué par les Anglais, le village mourrait de faim.
Une communauté en action
Le rouleau nous montre que les villageois participaient activement à la défense :
Le curé et les notables : À Saint-Christophe, c'est le curé qui reçoit l'officier. À Bagneaux, ce sont les "plus sains du lieu" (les notables du village) qui assistent à l'inspection.
Le travail forcé : Les réparations ordonnées (couper du chêne, planter des épines, curer les fossés) étaient souvent effectuées par les villageois eux-mêmes. Le château était un effort collectif.
L'atmosphère d'un siège imminent
Imaginez l'ambiance aux Sagets ou à Bagneaux en ce mois de décembre 1390 :
Le froid intense, les chemins gelés.
Le bruit des haches dans les forêts (peut-être déjà les futurs "Bayons") pour fabriquer les palissades.
L'angoisse de voir apparaître les 4 000 à 6 000 mercenaires annoncés.
« Le château médiéval n'était pas une prison dorée pour seigneur, mais une arche de Noé pour toute la communauté villageoise. »
lecture complété du "Rouleau de 1390 format Pdf.
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et les anciennes fermes fortifiées
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