Le Decumanus d'Artaix : Géométrie et Arpentage Romain
Découvrez comment les géomètres romains ont structuré le territoire d'Artaix. Une analyse du Decumanus, cet axe Est-Ouest qui témoigne de l'organisation millénaire de notre paysage.
Découvrez comment les géomètres romains ont structuré le territoire d'Artaix. Une analyse du Decumanus, cet axe Est-Ouest qui témoigne de l'organisation millénaire de notre paysage.
Le Decumanus et les Villas Gallo-Romaines.
Chaque rectangle représente une Centurie
L'Époque Gallo-Romaine : Le Decumanus
Bien avant nos routes actuelles, Artaix et le Brionnais étaient organisés selon un quadrillage romain d'une précision remarquable.
Le "Decumanus" était la colonne vertébrale de cette organisation.
Le Decumanus : L'Axe Est-Ouest
Le Decumanus était l'un des deux axes principaux (avec le Cardo) utilisés par les Romains pour diviser un territoire ou tracer une ville.
* Une base d'organisation : Dans le Brionnais, cet axe (orienté Est-Ouest) a servi de base pour découper le paysage en Centuries (des parcelles rectangulaires).
* Meulin, le centre routier : Le bourg de Meulin était le point de rayonnement de plusieurs voies : le Decumanus, mais aussi les routes vers Mâcon, Diou, Chalon et la voie entre Autun et Iguerande.
Decumanus sur Artaix
C'est un document fascinant.
Ce que l'on voit ici est une superposition archéologique (ou une restitution) d'une centuriation romaine sur le paysage actuel.
L'alignement qui est souligné, est en effet frappant et "ne manque pas d'intérêt" pour plusieurs raisons historiques et géographiques :
L'Analyse du Tracé
Le Decumanus : La ligne bleue (marquée "Decumanus") représente l'axe est-ouest principal. On voit très clairement que la structure du village et certaines limites de parcelles agricoles actuelles suivent encore cet axe vieux de 2 000 ans.
La Centurie : Le grand carré orange délimite une centurie (généralement un carré d'environ 710 mètres de côté, soit 20 actus). Le fait que le centre du bourg soit niché précisément à l'intersection ou le long de ces axes suggère une continuité d'occupation exceptionnelle.
La résilience du paysage : C'est un exemple parfait de ce qu'on appelle la "morphologie agraire". Même après la chute de l'Empire romain, les chemins et les fossés tracés par les arpenteurs romains (mensor) ont été conservés par les paysans successifs car ils servaient de limites de propriété pratiques.
Pourquoi c'est remarquable ?
Urbanisme fossile : Le village ne s'est pas construit "au hasard". Il s'est coulé dans le moule préexistant de la division des terres romaines. La courbure de la route jaune semble d'ailleurs contourner ou épouser une structure centrale.
Topographie : On remarque que le tracé romain ignore presque totalement les contraintes du relief ou de la rivière (la zone sombre sinueuse), imposant une grille géométrique rigide sur la nature.
Précision : L'échelle indiquée (1:6947) et le quadrillage bleu montrent une régularité mathématique que l'on retrouve souvent dans les colonies romaines de Gaule.
Note : On dirait une analyse issue d'un SIG (Système d'Information Géographique) utilisé par des archéologues pour identifier des cadastres antiques invisibles à l'œil nu au sol, mais flagrants depuis le ciel.
Les Villas Gallo-Romaines
À cette époque, le mot villa ne désignait pas une simple maison, mais un immense domaine agricole.
* La Villa Ariht (Artaix) : En l'an 966, un document mentionne un don à l'abbaye de Cluny concernant la "villa Ariht" (le domaine d'Artaix).
* Structure : Ces villas comprenaient des bâtiments de résidence luxueux pour le maître et des bâtiments d'exploitation pour l'agriculture.
* Recensement : Trois villas importantes ont été identifiées en Outre-Loire (à l'ouest de la Loire), dont celle d'Artaix qui était le centre d'une grande exploitation rurale.
De la Villa au Fief Médiéval
L'histoire de ces domaines traverse les siècles. Les noms changent mais l'importance des terres reste :
* En 936, les églises d'Iguerande sont remises à Bernardus Azo.
* En 1233, Humbert de Sanceyo, seigneur de Chenay, rend hommage pour Artaix (nommé alors Arteyos).
Ariolica : La cité disparue
Le territoire d'Artaix est intimement lié à la quête d'Ariolica, une station mentionnée sur les anciennes cartes romaines (Table de Peutinger). La position stratégique d'Artaix, avec son port et son passage de la Loire, en fait un candidat sérieux dans les recherches archéologiques sur cette cité perdue.
⏬Page : Informations complémentaires 📖
Le decumanus est un axe routier orienté est-ouest dans une ville romaine ou gallo-romaine. Il constituait l'un des axes principaux de la vie économique.
[Image du plan en rouge du Decumanus en Brionnais]
Les villas gallo-romaines en Outre-Loire
Trois villas gallo-romaines ont été recensées en Outre-Loire (à l'ouest de la Loire), dont une à Artaix :
En 966, Humbert fait don à l'abbaye de Cluny et à son prieuré d'Ambierle de biens situés :
in pago Lugdunensi, in agro Marcennacense, in villa Ariht (Artaix)
que l'on traduit par
> pays de Lyon, territoire de Marcigny, domaine d'Artaix.>
Le mot latin villa désigne un domaine foncier comprenant des bâtiments d'exploitation et d'habitation. À l'époque romaine, une villa était un établissement rural composé d'un bâtiment résidentiel principal et de bâtiments secondaires. D'origine romaine, elle était le centre d'une exploitation agricole. Avec le temps, elle a perdu ses fonctions agricoles pour se limiter à une activité résidentielle. Avec le développement de la grande propriété sous l'Empire romain, la villa s'est transformée en centre de grandes exploitations agricoles.
Le donateur pourrait être le fils d'Acbert qui, en 936, a remis à Bernardus Azo les trois églises d'Iguerande.
En 1233, Humbert de Sanceyo, seigneur de Chenay, rend hommage pour Chenay au comte de Forez. Comme il tenait cette terre de Simonin de Luzy, il lui rend hommage en compensation pour Artaix (ville d'Arteyos).
Meulin : un centre religieux et routier
Meulin (en Saône-et-Loire) était un centre d'où raonnaient plusieurs voies gauloises et gallo-romaines : le decumanus du Brionnais, la voie vers Mâcon et Diou, celle vers Chalon, celle entre Autun et Aiguerande près de Belleville, etc. Les pointillés représentent les routes départementales, les traits discontinus les routes secondaires.
Meulin, comme Milan, dérive du gaulois Mediolanon, le "Sanctuaire du Milieu", latinisé en Mediolanum. C'était un sanctuaire commun à plusieurs pagi gaulois, un lieu de rencontre cultuelle des tribus gauloises : "la ville sainte du centre", selon R. Bedon (1999).
Cette fondation religieuse, comme Dyo, se situe sur une zone frontière, au nord-est du Brionnais : elle servait de centre religieux intertribal où étaient célébrés des cultes frontières et où les druides "tranchaient presque tous les conflits entre états et particuliers" (V. Kruta).
Les sanctuaires du milieu, dont le nom Mediolanum ("centre du territoire") est porté par de nombreux oppida, étaient des lieux où s'unissaient les pagi, sortes de cantons composant la Cité. Ils n'appartenaient à aucun pagus en particulier et constituaient une enclave commune où siégeaient les institutions religieuses et politiques de la confédération.
Une situation analogue était observée en Irlande : "la province du Milieu (Midhe)", où se trouvait le lieu d'intronisation du grand roi et le principal sanctuaire druidique, était censée avoir été formée à partir d'une parcelle des quatre provinces de l'île. Il est fort probable que cette sorte d'extraterritorialité à vocation centralisatrice avait également des conséquences économiques importantes, notamment en ce qui concerne la tenue de marchés.
Chaque rectangle représente une Centurie